
Série « Un toit pour vos enfants » — Épisode 4/6 : une formule toujours gagnante, mais dont les règles du jeu ont changé en 2026
Acheter ensemble : les parents prennent l'usufruit, les enfants la nue-propriété. Au décès des parents, l'usufruit s'éteint et les enfants deviennent pleins propriétaires sans payer de droits de succession. L'achat scindé reste l'une des techniques les plus efficaces de la planification immobilière familiale — à condition de respecter scrupuleusement une procédure que l'administration scrute de près, et de tenir compte des règles nouvelles qui, depuis le 1er janvier 2026, en modifient le coût d'entrée. |
Après la donation d'argent (épisode 1) et la transmission d'un immeuble existant (épisode 2), ce troisième épisode combine les deux logiques : les parents financent, les enfants deviennent propriétaires — mais d'un bien acquis ensemble, en démembrement.
Dans un achat scindé, la propriété du bien est dissociée dès l'acquisition : les parents achètent l'usufruit — le droit d'occuper le bien ou d'en percevoir les loyers leur vie durant — tandis que les enfants achètent la nue-propriété. La formule vise typiquement une seconde résidence ou un immeuble de rapport.
Tout l'intérêt tient à la sortie : au décès du dernier usufruitier, l'usufruit s'éteint de plein droit et la pleine propriété se reconstitue sur la tête des enfants, sans acte de transmission et, si la procédure a été correctement suivie, sans droits de succession. Là où un achat en pleine propriété par les parents aurait exposé les héritiers à des droits calculés sur la valeur totale du bien au jour du décès, l'achat scindé neutralise cette charge. La valeur respective de l'usufruit et de la nue-propriété se calcule au jour de l'achat, en fonction de l'âge de l'usufruitier : plus les parents sont jeunes, plus leur usufruit vaut cher et plus la part des enfants est légère.
| ► Lecture rapide — À retenir ✓ Parents : usufruit (jouissance et loyers à vie) ; enfants : nue-propriété. ✓ Au décès, l'usufruit s'éteint : les enfants deviennent pleins propriétaires sans droits de succession. ✓ La ventilation du prix dépend de l'âge de l'usufruitier au jour de l'achat. |
L'administration fiscale connaît l'achat scindé et le tolère — mais uniquement dans les règles. Une présomption légale joue contre les familles : lorsque les enfants ne peuvent démontrer qu'ils ont réellement financé leur part, le bien est réputé se trouver en pleine propriété dans la succession de l'usufruitier et les droits de succession sont dus sur le tout. Renverser cette présomption exige une discipline documentaire sans faille.
Les enfants doivent payer la nue-propriété avec leurs propres deniers. Rien n'interdit que ces deniers proviennent d'une donation des parents — c'est même le schéma le plus courant — mais cette donation doit précéder l'acquisition et être opposable à l'administration. En pratique, trois exigences cumulatives structurent le dossier.
Premièrement, la chronologie : la donation doit intervenir avant que les enfants ne s'engagent à payer leur part — à Bruxelles et en Wallonie, avant la signature du compromis de vente. Deuxièmement, l'enregistrement : la donation préalable doit avoir été soumise aux droits de donation mobilière — les 3 % ou 3,3 % examinés dans l'épisode 1 sont ici le prix de la sécurité de tout le montage. Troisièmement, la libre disposition : l'enfant doit pouvoir disposer librement des fonds reçus ; une donation expressément affectée au financement de cette nue-propriété précise, créant un lien de cause à effet automatique entre le don et l'achat, fragilise l'ensemble. Toutes les preuves — virements, pacte adjoint, quittances, ventilation du prix dans l'acte — se conservent sans limite de durée.
| ■ Exemple — Un appartement de rapport acquis en démembrement – Bien acquis : appartement de 400 000 € destiné à la location – Usufruitiers : parents de 62 et 60 ans – Ventilation retenue à l'acte : usufruit : 152 000 € (38 %) — nue-propriété : 248 000 € (62 %) – Donation préalable enregistrée (Wallonie) : 248 000 € × 3,3 % = 8 184 € de droits de donation – Au décès des parents, 25 ans plus tard : valeur du bien : p.ex. 650 000 € – Droits de succession sur le bien : 0 € — l'usufruit s'éteint, la pleine propriété se reconstitue ▶ 8 184 € payés aujourd'hui contre des droits de succession calculés demain sur 650 000 € |
« L'achat scindé ne se rate pas à l'acte : il se rate avant l'acte, dans la chronologie et la documentation de la donation préalable. » |
| ► Lecture rapide — À retenir ✓ Donation préalable : avant le compromis (Bruxelles, Wallonie), enregistrée, et laissant la libre disposition des fonds à l'enfant. ✓ À défaut de preuve du financement par les enfants, le bien est réputé en pleine propriété dans la succession de l'usufruitier. ✓ Conserver indéfiniment virements, pacte adjoint et ventilation du prix. |
Si l'avantage successoral de l'achat scindé demeure intact, son coût d'acquisition a évolué lorsque le bien acheté est appelé à devenir l'habitation propre et unique des parents usufruitiers. Depuis le 1er janvier 2026, la Flandre applique à l'achat scindé de l'habitation propre et unique le taux plein de 12 %, sans taux réduit possible pour l'usufruitier — pour la nue-propriété, le taux plein s'appliquait déjà. À Bruxelles, ni l'usufruitier ni le nu-propriétaire ne bénéficient de l'abattement. Seule la Wallonie continue d'admettre le taux réduit pour l'acquisition de l'usufruit portant sur l'habitation propre et unique.
La leçon est claire : l'achat scindé se justifie d'abord pour une seconde résidence ou un immeuble de rapport — sa cible naturelle —, tandis que son application à l'habitation propre des parents a perdu l'essentiel de son attrait en Flandre et à Bruxelles sur le plan des droits d'enregistrement.
Une inquiétude légitime des familles : l'enfant qui détient une nue-propriété acquise en achat scindé sera-t-il pénalisé lorsqu'il achètera, plus tard, sa propre habitation familiale ? La réponse est rassurante en matière de droits d'enregistrement, plus nuancée en matière de TVA.
Les taux réduits régionaux excluent l'acquéreur déjà plein propriétaire d'une autre habitation. Or la simple nue-propriété n'est pas la pleine propriété : en Flandre, détenir une nue-propriété — ou une part indivise, ou un usufruit — sur un autre bien n'empêche pas de bénéficier du taux réduit de 2 % ; en Wallonie, le nu-propriétaire d'un autre logement conserve l'accès au taux réduit de 3 % ; à Bruxelles, la détention d'une nue-propriété ne fait pas obstacle à l'abattement de 200 000 €. L'achat scindé ne ferme donc pas la porte du premier achat aux enfants.
Le tableau se renverse pour l'achat d'un logement neuf issu d'une démolition-reconstruction au taux réduit de TVA de 6 % : ce régime exclut l'acquéreur qui détient déjà une nue-propriété sur un autre logement. L'enfant nu-propriétaire paierait alors la TVA au taux plein de 21 %. Et symétriquement, l'enfant qui a acquis en achat scindé un logement sous le bénéfice des 6 % peut devoir rembourser une partie de l'avantage s'il n'affecte pas le bien conformément aux conditions pendant cinq ans. Avant tout achat scindé, il faut donc interroger les projets immobiliers futurs des enfants : un projet de construction neuve peut peser plus lourd que l'économie successorale espérée.
Aspect | Règle applicable | Conséquence pratique |
Avantage successoral | Extinction de l'usufruit au décès | Pleine propriété aux enfants sans droits de succession |
Donation préalable | Enregistrée, avant le compromis, libre disposition | Sécurise le renversement de la présomption fiscale |
Habitation propre (Flandre, 2026) | Taux plein de 12 % sur l'achat scindé | Réserver la formule aux secondes résidences et biens de rapport |
Habitation propre (Bruxelles) | Pas d'abattement en démembrement | Idem |
Habitation propre (Wallonie) | Taux réduit maintenu pour l'usufruit | Formule encore praticable |
Achat futur des enfants (enreg.) | La nue-propriété n'est pas la pleine propriété | Taux réduits et abattement préservés |
Achat futur des enfants (TVA 6 %) | Nue-propriété existante = exclusion | TVA à 21 % sur un projet démolition-reconstruction |
Réservez l'achat scindé à sa vocation naturelle — seconde résidence ou immeuble de rapport — et chiffrez le coût d'entrée régional avant de signer. Construisez le dossier dans l'ordre : donation bancaire, pacte adjoint, enregistrement et paiement des droits, puis seulement compromis et acte, avec une ventilation usufruit/nue-propriété documentée et conforme à l'âge des usufruitiers. Vérifiez enfin les projets des enfants : s'ils envisagent un achat neuf en démolition-reconstruction à 6 %, la nue-propriété qu'ils détiendraient pourrait leur coûter quinze points de TVA. Rendez-vous samedi prochain pour l'épisode 4 : aider sans se dessaisir — prêt familial, caution et hypothèque.
| Deg & Partners Un achat scindé réussi est un enchaînement d'étapes correctement datées et documentées. Deg & Partners organise pour vous la séquence complète — donation préalable, enregistrement, ventilation du prix, coordination avec le notaire — et vérifie les interactions avec les projets immobiliers de vos enfants. Contactez-nous avant le compromis. |
Références
¹ Art. 9 C. succ. (Régions wallonne et de Bruxelles-Capitale) et art. 2.7.1.0.7 CFV (Région flamande) : présomption relative aux acquisitions scindées usufruit/nue-propriété.
² Depuis le 1er janvier 2026, la Région flamande applique le taux plein de 12 % à l'achat scindé de l'habitation propre et unique ; à Bruxelles, ni l'usufruitier ni le nu-propriétaire ne bénéficient de l'abattement ; la Région wallonne maintient le taux réduit pour l'acquisition de l'usufruit.
³ Taux réduit de TVA de 6 % (démolition-reconstruction) : exclusion de l'acquéreur détenant une nue-propriété sur un autre logement ; obligation d'affectation de cinq ans.