
Le contrat de management est devenu, en Belgique, un instrument courant pour organiser une mission de direction, de consultance ou de gestion (totale ou partielle) via une société. Sa souplesse est réelle : il relève principalement du droit commun des contrats et s’adapte à des contextes très variés (mission ponctuelle, crise, croissance, direction financière, gestion d’un groupe…). Mais cette souplesse est aussi sa fragilité : un contrat mal cadré expose à des risques très concrets, au premier rang desquels la requalification en contrat de travail, les litiges de paiement, les conflits de responsabilités (y compris envers des tiers) ou encore la nullité de certaines clauses “déséquilibrées”.
L’objectif de cet article est simple : fournir une grille de lecture complète, pratique et juridiquement sûre pour rédiger, négocier et exécuter un contrat de management “propre”, en cohérence avec les réformes récentes du droit des obligations et de la responsabilité, et avec l’attention accrue portée au contenu des clauses contractuelles.
Un contrat de management est un contrat de services par lequel une entreprise confie tout ou partie de sa gestion (ou des fonctions managériales déterminées) à une personne physique ou morale, en contrepartie d’une rémunération. Il est fréquemment conclu avec un mandataire social (administrateur, délégué à la gestion journalière) ou avec une société de consultance/management fournissant des prestations de direction.
Sur le plan de la qualification, il s’agit typiquement d’un contrat d’entreprise (contrat de services) : une partie s’engage à faire quelque chose pour une autre moyennant un prix convenu.¹²
À retenir
Le contrat de management n’est pas un “contrat type” imposé par une loi spécifique : sa sécurité dépend d’abord de la précision de ses clauses et de la cohérence entre l’écrit… et la réalité vécue.
Parce qu’en Belgique, la qualification donnée par les parties n’est pas souveraine : si l’exécution révèle un lien de subordination, la relation peut être requalifiée par les juridictions du travail.³
Le critère structurant est le lien d’autorité :
La requalification n’est pas un simple débat doctrinal : elle déclenche une cascade d’effets sociaux, financiers et parfois pénaux. Le texte que vous avez fourni rappelle notamment :
À retenir
La meilleure clause “anti-requalification” ne compensera jamais une exécution quotidienne qui ressemble à un emploi salarié : c’est la cohérence contrat–réalité qui protège.
Avant même le contenu, la forme compte, car elle conditionne la preuve et la robustesse du contrat.
Les points essentiels à sécuriser :
À retenir
La date n’est pas un détail administratif : l’antidate est un risque juridique autonome (preuve, contestation, et potentiellement faux en écriture selon les circonstances).
Un contrat de management sûr n’est pas nécessairement long, mais il doit couvrir, sans ambiguïté, les zones où naissent les litiges. Voici les clauses qui structurent presque toujours la sécurité juridique.
La clause d’objet décrit :
Un point de rédaction souvent utile est d’affirmer l’autonomie d’exécution (sans imiter artificiellement une clause “magique”) : par exemple, préciser que la société de management organise la mission selon ses méthodes, tout en respectant les objectifs et contraintes du donneur d’ordre.
Le contrat doit répondre à des questions très concrètes :
Point d’attention pratique : lorsque les parties prévoient des préavis asymétriques, il faut veiller à leur équilibre global et à leur cohérence économique.
La rémunération doit être structurée :
Exemple : un contrat à 9.900 € HTVA mensuels indexés annuellement doit préciser (i) la date d’anniversaire, (ii) l’indice de référence et la formule, (iii) la date d’application du nouveau prix, et (iv) ce qu’il se passe en cas de contestation.
Il faut distinguer :
Cette clause doit dire qui peut exécuter la mission :
C’est une clause particulièrement utile pour éviter une dépendance personnelle excessive, qui peut alimenter, dans certains contextes, des débats sur la nature de la relation.
Classique, mais souvent mal calibrée :
La clause doit :
C’est un volet devenu plus sensible. Les réformes récentes ouvrent davantage la discussion sur l’exposition du prestataire/consultant/administrateur à des actions de tiers, et donc sur les mécanismes contractuels de protection envisageables.
Deux réflexes :
À retenir
Dans une économie de services, la responsabilité n’est plus seulement une question “entre client et prestataire” : elle se pense aussi par rapport aux tiers, à la chaîne contractuelle et aux nouvelles logiques du droit commun.
Sans entrer dans une inflation de clauses, trois zones méritent une attention particulière.
Le droit des obligations codifié dans le Livre 5 introduit notamment la possibilité, sous conditions, de résilier lorsque l’inexécution future est manifeste (logique d’anticipatory breach).⁵
Comme ces dispositions peuvent être supplétives, la rédaction du contrat peut :
La théorie de l’imprévision permet, dans certaines conditions, de solliciter une renégociation si des circonstances imprévues rendent l’exécution excessivement onéreuse.⁶
Là encore, le caractère supplétif impose un choix clair :
Le nouveau Livre 6 modernise l’approche et rend plus concrète l’idée qu’un prestataire, consultant ou administrateur peut être recherché par des tiers pour des fautes.⁷
Cela ne signifie pas que “tout est permis” contractuellement ; mais cela signifie qu’un contrat de management moderne doit :
À retenir
Le contrat de management n’est pas figé : les réformes du droit commun obligent à relire les “clauses standards” à la lumière de nouveaux équilibres (sanctions, imprévision, responsabilité).
Un contrat parfaitement rédigé peut se fragiliser si l’exécution quotidienne crée une confusion.
Bonnes pratiques utiles :
Le contrat de management est un outil puissant : il permet d’organiser une collaboration de haut niveau, flexible et adaptée à la réalité des entreprises. Mais son efficacité juridique repose sur une discipline simple : écrire clairement ce que l’on fait, et faire réellement ce que l’on écrit. La frontière avec le salariat ne se joue pas dans une phrase bien tournée : elle se joue dans la structure de la mission, l’autonomie, la traçabilité des prestations et l’équilibre contractuel.
Chez Deg & Partners, nous voyons quotidiennement combien les entreprises et leurs dirigeants sont exposés à une densité croissante de règles, de réformes et de risques en chaîne. Notre rôle est précisément de transformer cette complexité en sécurité opérationnelle : contrats, gouvernance, conformité sociale et fiscale, et accompagnement dans la durée. Ensemble, nous transformons la complexité en clarté.
Thème | Ce que le contrat doit préciser | Risque si c’est flou | Recommandation Deg & Partners |
Forme et preuves | originaux, signatures, identification complète, date réelle | contestations, fragilité probatoire, litiges | formaliser proprement, sans antidate |
Objet de mission | tâches, périmètre, livrables, autonomie | dérives de mission, conflit sur “ce qui était prévu” | décrire le “quoi” et le “cadre”, pas micro-manager le “comment” |
Durée et sortie | durée, préavis, causes de rupture, procédure | rupture brutale, contentieux indemnitaire | prévoir une mécanique lisible et proportionnée |
Rémunération | fixe/variable, facturation, paiement, intérêts | impayés, discussions interminables | structurer la facturation et documenter les prestations |
Frais | refacturation, plafonds, validation | surprise budgétaire, refus de paiement | règle simple + justificatifs |
Exécution / sous-traitance | exécution personnelle ou non, remplacement | dépendance personnelle, tension opérationnelle | prévoir la continuité de service |
Confidentialité / non-débauchage | périmètre, durée, exceptions, sanctions | fuites, tension RH | clauses réalistes et applicables |
Non-concurrence | définition, temps, espace, proportion | clause contestable ou inefficace | calibrer au risque réel |
Responsabilité | plafond, exclusions, assurance, articulation tiers | mise en cause, coûts non assurés | revoir la clause au regard du Livre 6 et des CG |
Risque “faux indépendant” | autonomie, organisation, absence de subordination | requalification + conséquences ONSS | aligner contrat et pratique (gouvernance, traces, autonomie) |
¹ Loi du 3 juillet 1978 relative aux contrats de travail, art. 2 et 3.
² Code civil, art. 1710.
³ Loi-programme du 26 décembre 2008 (principe de concordance entre qualification choisie et réalité de la relation).
⁴ Loi du 3 juillet 1978 relative aux contrats de travail (mentions obligatoires et conséquences en cas de défaut pour certaines formes de contrats).
⁵ Code civil (Livre 5 – obligations), art. 5.90, §2.
⁶ Code civil (Livre 5 – obligations), art. 5.74.
⁷ Code civil, Livre 6 (responsabilité extracontractuelle), entré en vigueur le 1er janvier 2025.
⁸ Loi du 25 août 2012 modifiant le Titre XIII de la loi-programme du 27 décembre 2006 (Commission administrative du règlement de la relation de travail).
⁹ Loi du 27 juin 1969 concernant la sécurité sociale des travailleurs, art. 26.