
Le crédit d’impôt pour l’accroissement des fonds propres constitue depuis de nombreuses années un mécanisme discret mais potentiellement puissant de soutien à l’autofinancement des indépendants. Longtemps jugé complexe et peu attractif en pratique, ce dispositif connaît un renforcement majeur à partir de l’exercice d’imposition 2026, avec un doublement du taux et du plafond, dans un contexte où le législateur entend soutenir plus activement la solidité financière des travailleurs indépendants.
La publication de la circulaire 2026/C/5 du 6 janvier 2026 vient préciser la portée de ces modifications et en confirmer l’entrée en vigueur. L’occasion de refaire le point, de manière structurée, sur ce crédit d’impôt souvent méconnu.
Le crédit d’impôt pour l’accroissement des fonds propres est prévu à l’article 289bis du CIR 92.
Sur le plan déclaratif, il est repris au cadre XIX de la déclaration à l’impôt des personnes physiques (ou de l’impôt des non-résidents – personnes physiques, le cas échéant). L’imputation est opérée directement sur l’impôt dû, avec un caractère remboursable si le crédit excède l’impôt calculé.
Le dispositif poursuit un objectif clair : encourager l’autofinancement du patrimoine professionnel par le recours aux fonds propres plutôt qu’à l’endettement à long terme.
Introduit il y a près de trente ans, le régime a toutefois souffert d’une mise en œuvre techniquement exigeante et d’un rendement fiscal limité, expliquant sa faible diffusion. Des chiffres parlementaires antérieurs montraient ainsi que moins de 0,01 % des contribuables en bénéficiaient effectivement.
Le législateur a donc choisi, à partir de 2026, de renforcer substantiellement l’incitant, tant en termes de taux que de plafond, afin de lui redonner une réelle portée économique.
Peuvent bénéficier du crédit d’impôt les indépendants soumis à l’impôt des personnes physiques qui produisent ou recueillent :
Il est indifférent que l’activité soit exercée à titre principal ou complémentaire, ou que les revenus soient déterminés sur base forfaitaire.
Le régime est également ouvert aux contribuables soumis à l’impôt des non-résidents – personnes physiques, pour autant que :
À partir de l’exercice d’imposition 2026, le crédit d’impôt est porté à :
Ce doublement constitue le cœur de la réforme opérée par la loi du 18 décembre 2025.
Le crédit d’impôt est intégralement imputable sur l’IPP ou l’INR/pp.
La partie non imputée est remboursée, ce qui renforce considérablement son intérêt pour les indépendants faiblement imposés ou en phase de démarrage.
Le crédit d’impôt est calculé sur l’excédent que représente :
La valeur fiscale correspond à la valeur d’acquisition diminuée des amortissements et réductions de valeur fiscalement admis.
Les terrains sont exclus du calcul, faute d’amortissabilité.
L’ensemble des activités professionnelles (bénéfices et profits) doit être pris en compte de manière globale.
Depuis l’exercice d’imposition 2018, ne sont pas prises en considération :
pour lesquels une réduction d’impôt pour revenus d’origine étrangère peut s’appliquer
(articles 155 et 156 CIR 92).
Pour les non-résidents remplissant la condition des 75 %, seules les immobilisations et dettes liées aux revenus imposables en Belgique sont retenues.
Lorsque la période imposable ne correspond pas à une année civile complète (pour une cause autre que le décès), le plafond de 7.500 euros est proratisé.
En l’absence de trois périodes imposables antérieures, l’accroissement des fonds propres est réputé égal au patrimoine professionnel propre de la première période imposable.
Le crédit d’impôt peut donc être obtenu dès la première année d’activité, pour autant que l’actif professionnel ne soit pas intégralement financé par des dettes à long terme.
L’octroi du crédit d’impôt est subordonné au respect de conditions formelles strictes :
Ces documents doivent être joints à la déclaration, le cas échéant par conjoint.
Les tolérances administratives accordées durant la crise COVID-19 (report de cotisations sociales) ont produit leurs effets pour les exercices concernés, sans remise en cause rétroactive des crédits d’impôt accordés lorsque les conditions ont été régularisées ultérieurement.
Longtemps marginal, le crédit d’impôt pour l’accroissement des fonds propres change clairement de dimension à partir de l’exercice d’imposition 2026. Le doublement du taux et du plafond, combiné à son caractère remboursable, en fait désormais un outil crédible de soutien à l’autofinancement des indépendants.
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