

La première limite juridique à laquelle se heurte le mandat extrajudiciaire concerne la fonction d'administrateur ou de gérant. Un mandat d'administrateur est conféré intuitu personae, c'est-à-dire en raison des qualités personnelles de l'individu. Par conséquent, un dirigeant ne peut se faire remplacer de manière générale et permanente par son mandataire extrajudiciaire pour siéger à l'organe d'administration. Si les statuts le prévoient, une procuration ponctuelle à un co-administrateur est parfois envisageable, mais elle reste limitée à des réunions spécifiques et ne constitue pas une solution pérenne.
Comment anticiper ce blocage ? Pour éviter la paralysie de la gestion journalière et stratégique, une solution simple consiste à nommerun administrateur suppléant (statutairement ou en dehors des statuts), dont le mandat entrera en fonction automatiquement en cas d’incapacité juridique de l’administrateur en place.
Si la porte du conseil d'administration reste fermée au mandataire extrajudiciaire, celle de l'assemblée générale lui est, par contre, grande ouverte. Le mandataire peut exercer les droits de vote attachés aux actions de l'entrepreneur, permettant ainsi de conserver le contrôle stratégique de l'entreprise.
Néanmoins, la forme juridique de la société influence la portée de cette représentation :
Sur la base du mandat de protection extrajudiciaire, que peut faire concrètement le mandataire ? Il se substitue à l'actionnaire pour toutes les prérogatives liées à ses titres. Il peut assister à l'assemblée générale, interpeller les administrateurs, et surtout exercer le droit de vote. Il est ainsi en mesure d'approuver les comptes annuels, de voter la distribution de dividendes, de modifier les statuts, ou encore de nommer et de révoquer des administrateurs.
C'est précisément par ce biais (en tant qu'actionnaire votant) que le mandataire peut pallier la vacance du dirigeant incapable en nommant un nouvel administrateur. Attention toutefois à la question des conflits d'intérêts : si le mandataire est amené à prendre des décisions où ses propres intérêts s'opposent à ceux de l'entrepreneur représenté (par exemple, s'attribuer une rémunération déraisonnable), un mandataire ad hoc devra être désigné, idéalement prévu à l'avance dans le mandat ou alternativement par une décision du juge de paix compétent.
Le mandat de protection extrajudiciaire n'est pas une simple formalité notariale, mais une véritable police d'assurance permettant d’assurer la continuité de l'entreprise. Un accompagnement professionnel se révélera particulièrement utile afin de mettre en place efficacement cet outil de prévoyance.