
La loi-programme adoptée le 29 mai 2026 referme une longue séquence parlementaire et fixe enfin les règles du jeu fiscal pour les mois à venir. Ce dossier détaille, mécanisme par mécanisme, ce qui change pour la distribution de dividendes, la gestion des réserves, les revenus de droits d'auteur et la détention de portefeuilles-titres, avec des exemples chiffrés et un calendrier d'entrée en vigueur.Objectif : vous permettre d'arbitrer en connaissance de cause avant que les nouveaux taux ne produisent leurs effets. |
Le régime VVPRbis permet aux petites sociétés, au sens de l'article 1:24 du Code des sociétés et des associations, de distribuer des dividendes au précompte mobilier réduit lorsqu'ils rémunèrent des apports en numéraire pleinement libérés effectués à partir du 1er juillet 2013. Le bénéfice du taux le plus favorable suppose le respect d'un délai d'attente : le dividende doit être attribué à partir du troisième exercice comptable suivant celui de l'apport.
La loi-programme relève le taux le plus favorable de 15 % à 18 %. La structure progressive du régime subsiste pour les exercices intermédiaires : 30 % pour les dividendes de l'exercice de l'apport et de l'exercice suivant, 20 % au titre du deuxième exercice (uniquement pour les apports ou augmentations de capital effectués au plus tard le 31 décembre 2025), puis 18 % — au lieu de 15 % — à partir du troisième exercice. Le nouveau taux s'applique aux dividendes attribués ou mis en paiement à partir du 1er juillet 2026.
| ■ Exemple — Société de management distribuant 24.000 euros de dividendes VVPRbis – Dividende distribué : 24.000 € – Précompte mobilier — ancien taux 15 % : 3.600 € – Précompte mobilier — nouveau taux 18 % : 4.320 € – >>> Surcoût fiscal : ▶ Supplément de précompte : 720 € sur une seule distribution |
| ► Ce qu'il faut retenir — VVPRbis ✓ Le taux réduit le plus favorable passe de 15 % à 18 %. ✓ L'augmentation vise les dividendes attribués ou mis en paiement à partir du 1er juillet 2026. ✓ Le délai d'attente de trois exercices et les conditions d'apport en numéraire restent inchangés. |
La réserve de liquidation récompense les PME qui affectent leurs bénéfices réservés à un compte distinct moyennant le paiement anticipé d'une cotisation distincte de 10 %. Après un délai d'attente, la distribution de cette réserve sous forme de dividende est soumise à un précompte mobilier réduit. La loi-programme relève ce précompte de sortie de 6,5 % à 9,8 % pour les réserves constituées à partir du 31 décembre 2025, de sorte que l'imposition effective totale — cotisation anticipée de 10 % puis précompte à la sortie — atteint désormais 18 %, contre 15 % auparavant.
Le point sensible tient à la portée temporelle. Les réserves de liquidation constituées lors des exercices comptables se terminant au plus tard le 30 décembre 2025 conservent l'ancien régime : précompte de 6,5 % après plus de trois ans, voire 5 % après plus de cinq ans, et 20 % en cas de distribution anticipée. En revanche, pour les réserves constituées lors des exercices se terminant à partir du 31 décembre 2025, le nouveau taux de 9,8 % s'applique après le délai d'attente de trois ans, et le taux de distribution anticipée passe à 30 %. Une exception transitoire maintient le taux de 20 % pour les dividendes attribués ou mis en paiement avant le dixième jour suivant la publication de la loi, prélevés sur des réserves constituées le 31 décembre 2025.
| ■ Exemple — Distribution d'une réserve de liquidation de 100.000 euros après 3 ans – Bénéfice affecté à la réserve : 100.000 € – Cotisation distincte anticipée (10 %) : 10.000 € – Précompte de sortie — ancien taux 6,5 % : 6.500 € – Précompte de sortie — nouveau taux 9,8 % : 9.800 € – >>> Imposition effective totale : ▶ Ancien régime : environ 15 % — Nouveau régime : environ 18 % |
| ► Ce qu'il faut retenir — Réserve de liquidation ✓ Le précompte de sortie après trois ans passe de 6,5 % à 9,8 %, pour une imposition effective de 18 %. ✓ Le nouveau régime vise les réserves constituées dès le 31 décembre 2025 : la mesure rétroagit. ✓ Les réserves antérieures conservent les taux de 6,5 % (après 3 ans) ou 5 % (après 5 ans). |
« Le législateur, qui avait d'abord voulu rapprocher la réserve de liquidation et le VVPRbis, choisit aujourd'hui d'aligner les deux régimes par le haut. » |
Les revenus de droits d'auteur conservent le statut de revenus mobiliers jusqu'à un plafond brut de 77.220 euros par an (montant indexé 2026), au-delà duquel ils basculent en revenus professionnels. Jusqu'à présent, tout bénéficiaire pouvait appliquer un forfait de frais déductibles : 50 % sur la première tranche de 20.590 euros et 25 % sur la tranche de 20.590 à 41.180 euros. Combiné au précompte mobilier de 15 %, ce forfait ramenait la charge effective à environ 7,5 % sur la première tranche.
La loi-programme réserve désormais ce forfait aux titulaires d'une attestation du travail des arts « ordinaire » ou « plus ». Les bénéficiaires qui ne disposent d'aucune attestation — ou seulement d'une attestation « débutant » — ne peuvent plus déduire que leurs frais professionnels réels. À défaut de tels frais, ils supportent le précompte mobilier de 15 % sur l'intégralité de leurs droits, ce qui double la charge effective, la portant d'environ 7,5 % à 15 %.
La limitation du forfait s'applique aux revenus depuis le 1er janvier 2026. Toutefois, les modifications relatives à la retenue, à la déclaration et au paiement du précompte mobilier ne s'imposent qu'aux revenus payés ou attribués à partir du dixième jour suivant la publication de la loi au Moniteur belge. Pour les droits perçus avant cette date, aucune correction des déclarations de précompte déjà établies n'est requise : le solde d'impôt résultant de la suppression du forfait sera régularisé par la voie de la déclaration à l'impôt des personnes physiques du bénéficiaire.
| ■ Exemple — Bénéficiaire de 20.000 euros de droits d'auteur sans attestation – Droits d'auteur perçus : 20.000 € – Charge effective avec forfait (ancien régime, environ 7,5 %) : environ 1.500 € – Charge effective sans forfait (précompte 15 %) : environ 3.000 € – >>> Surcoût annuel : ▶ Près de 1.500 € d'impôt supplémentaire, à régulariser via la déclaration IPP |
| ► Ce qu'il faut retenir — Droits d'auteur ✓ Le forfait de frais (50 % / 25 %) est réservé aux détenteurs d'une attestation du travail des arts « ordinaire » ou « plus ». ✓ Sans attestation, la charge effective passe d'environ 7,5 % à 15 %. ✓ La limitation s'applique aux revenus dès le 1er janvier 2026 ; un complément d'impôt sera régularisé via la déclaration IPP. |
La taxe annuelle sur les comptes-titres frappe les portefeuilles d'instruments financiers dont la valeur moyenne dépasse un million d'euros. Son taux est porté de 0,15 % à 0,30 %. L'augmentation s'applique aux périodes de référence qui se terminent à compter de la date de publication de la loi au Moniteur belge ; la taxe prélevée à l'issue de la période en cours sera donc déjà calculée au taux doublé. Cette mesure, qui s'inscrit dans l'élargissement progressif de la fiscalité du capital, invite à réexaminer la structuration des portefeuilles supérieurs au seuil d'un million d'euros, étant rappelé que les scissions artificielles de comptes destinées à échapper à la taxe sont visées par un dispositif anti-abus.
| ■ Exemple — Portefeuille-titres de 2.000.000 euros – Valeur moyenne du portefeuille : 2.000.000 € – Taxe annuelle — ancien taux 0,15 % : 3.000 € – Taxe annuelle — nouveau taux 0,30 % : 6.000 € – >>> Surcoût annuel : ▶ 3.000 € de taxe supplémentaire par an |
Mesure | Avant | Après | Entrée en vigueur |
VVPRbis (précompte réduit) | 15 % | 18 % | Dividendes attribués dès le 01/07/2026 |
Réserve de liquidation (précompte de sortie) | 6,5 % | 9,8 % (18 % effectif) | Réserves constituées dès le 31/12/2025 |
Droits d'auteur (forfait de frais) | Pour tous | Attestation requise | Revenus dès le 01/01/2026 |
Taxe comptes-titres (> 1 M€) | 0,15 % | 0,30 % | Période de référence en cours |
6. Recommandations pratiques
Pour les dirigeants de PME, la priorité est de réexaminer la politique de distribution avant le 1er juillet 2026 : une distribution VVPRbis ou de réserve de liquidation mûrement préparée peut encore, dans certains cas, bénéficier des taux antérieurs ou de l'exception transitoire. Au-delà du seul taux, l'arbitrage entre dividende, rémunération du dirigeant et capitalisation doit être revisité globalement, car le relèvement à 18 % rapproche le coût de sortie du dividende de celui d'autres modes de rétribution.
Les bénéficiaires de droits d'auteur ont intérêt à vérifier sans tarder leur éligibilité à une attestation du travail des arts et, à défaut, à documenter leurs frais professionnels réels et à anticiper le complément d'impôt qui sera réclamé via la déclaration. Enfin, les détenteurs de portefeuilles dépassant le million d'euros doivent intégrer le doublement de la taxe dans leur rendement net attendu, sans recourir à des opérations de scission ou de conversion dont le seul objet serait d'éluder la taxe.
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Références
¹ Loi-programme adoptée par la Chambre le 29 mai 2026 (Doc. parl. 56K1378) ; entrée en vigueur à la publication au Moniteur belge.
² Art. 269, § 2, CIR 92 — régime VVPRbis ; conditions de l'art. 1:24 CSA pour la qualification de petite société.
³ Art. 184quater et art. 269, § 1er, CIR 92 — réserve de liquidation et précompte de sortie.
⁴ Art. 17, § 1er, 5°, et art. 4, § 1er, CIR 92 — droits d'auteur ; attestation du travail des arts (« ordinaire » / « plus »).
⁵ Code des droits et taxes divers — taxe annuelle sur les comptes-titres ; dispositif anti-abus (scissions et conversions).