
Le décret wallon du 21 mai 2026 crée, à compter du 1er juillet 2026, un incitant unique à l'embauche : l'Incitant Job Plus. Six mesures disparaissent, une seule prime les remplace — 1 000 € par mois, majorée pour les PME, pendant 12 à 36 mois. Derrière cette simplification bienvenue se cachent des conditions précises, un mécanisme original de portabilité et des régimes transitoires qu'il faut maîtriser. Ce dossier passe la réforme en revue, exemples chiffrés à l'appui. |
L'Incitant Job Plus est une prime octroyée à l'employeur qui engage un demandeur d'emploi inscrit au Forem et domicilié en région de langue française. Il se substitue à six dispositifs existants : Impulsion 57+, Impulsion – 25 ans, Impulsion 12 mois et plus, la mesure Sine, la mesure SESAM et la mesure Tremplin 24+. Depuis le 1er juillet 2026, ces six mesures ne peuvent plus faire l'objet d'aucune nouvelle demande.
La philosophie de la réforme est explicite : simplifier le paysage des aides à l'emploi et réduire au maximum la charge administrative des employeurs. Le dispositif s'appuie intégralement sur des données déjà déclarées — les données ONSS/DmfA — et sur une plateforme unique, l'Espace Entreprise du Forem.
« Un incitant unique, une plateforme unique, un opérateur unique : la simplification administrative est la ligne directrice de la réforme wallonne. » |
La réforme repose sur le décret du 21 mai 2026 portant création d'un incitant unique à l'embauche, publié au Moniteur belge le 9 juin 2026. L'entrée en vigueur est fixée au 1er juillet 2026 : aucune demande d'Incitant Job Plus ne pouvait être introduite avant cette date, et les six mesures remplacées sont abrogées à partir de cette même date. Un arrêté du Gouvernement wallon doit encore apporter diverses précisions, notamment sur les éléments salariaux pris en compte pour le contrôle du coût supporté par l'employeur. Certains paramètres pratiques restent donc susceptibles d'être affinés.
| ► À retenir — le cadre ✓ Base légale : décret du 21 mai 2026, M.B. du 9 juin 2026. ✓ Entrée en vigueur : 1er juillet 2026, tant pour la nouvelle prime que pour l'abrogation des six anciennes mesures. ✓ Un arrêté du Gouvernement wallon doit encore préciser plusieurs modalités d'exécution. |
La prime est ouverte à toute entreprise — personne physique ou personne morale — disposant d'une unité d'établissement en région de langue française. Sont en revanche exclues du bénéfice de la prime : les institutions d'enseignement universitaire pour leur personnel académique ou scientifique, les autres institutions d'enseignement pour l'occupation d'un membre du personnel enseignant, ainsi que certaines entités publiques.
L'accès à la prime est fermé à l'employeur qui se trouve en faillite, qui est redevable d'arriérés d'impôts, de cotisations sociales ou d'arriérés envers le Forem, ou qui a été condamné pour une infraction en matière fiscale ou sociale au cours des cinq années précédant la demande. Une bonne hygiène de conformité fiscale et sociale est donc un préalable à toute demande.
Le travailleur engagé doit répondre à quatre conditions cumulatives, appréciées la veille de l'engagement. Premièrement, il doit être inscrit au moins un jour comme demandeur d'emploi auprès du Forem. Deuxièmement, sa résidence principale doit se situer en région de langue française. Troisièmement, il ne doit pas avoir atteint l'âge légal de la pension. Quatrièmement, il doit se trouver dans une période d'inscription : il ne peut être ni sous contrat de travail, ni dans une relation statutaire, ni exercer une activité indépendante à titre principal. Cette période d'inscription doit atteindre au minimum 4, 12 ou 24 mois — c'est elle qui, combinée à l'âge et au diplôme, déterminera la durée d'octroi de la prime.
Une catégorie particulière ouvre d'office la durée maximale d'octroi : le chercheur d'emploi en situation d'aptitude réduite au travail. Il s'agit de la personne qui rencontre, sur une longue période, des difficultés importantes pour participer pleinement à la vie professionnelle en raison de troubles de fonctionnement de nature cognitive, psychique ou sensorielle. Cette catégorie est identifiée au moyen de la classification internationale ICF (International Classification of Functioning, Disability and Health).
Tant l'employeur que le demandeur d'emploi peuvent utiliser le calculateur mis à disposition par le Forem pour vérifier les conditions d'éligibilité et estimer le montant de l'aide. Ce réflexe doit devenir systématique avant tout engagement.
L'employeur doit s'engager à occuper effectivement la personne dans une unité d'établissement située en région de langue française, pendant une durée minimale de 3 mois et au minimum à mi-temps. La durée de 3 mois peut être continue ou discontinue ; elle est établie sur la base des périodes de travail auprès d'un même employeur, en tenant compte des dates de début et de fin du travail.
Le champ contractuel est large : contrat à durée déterminée ou indéterminée, contrat intérimaire, voire contrat saisonnier. Seul le contrat d'occupation d'étudiant est exclu du dispositif.
| ► À retenir — les conditions ✓ Employeur : unité d'établissement en région de langue française, pas de faillite, pas d'arriérés, pas de condamnation fiscale ou sociale dans les cinq ans. ✓ Travailleur : inscrit au Forem, domicilié en région de langue française, sous l'âge légal de la pension, en période d'inscription de 4, 12 ou 24 mois minimum. ✓ Engagement : minimum 3 mois (continus ou non), minimum à mi-temps, tout type de contrat sauf le contrat d'étudiant. ✓ Les conditions s'apprécient la veille de l'engagement. |
La prime s'élève à 1 000 € par mois pour une occupation à temps plein. Elle est calculée proportionnellement aux prestations du travailleur déclarées dans la DmfA et proratisée en cas d'occupation à temps partiel. Elle est versée trimestriellement par le Forem, dès réception des données DmfA, sans que l'employeur ne doive introduire de déclaration complémentaire.
Les employeurs comptant au maximum 20 équivalents temps plein bénéficient d'une majoration de 200 € par mois. Deux catégories en sont toutefois exclues : les sociétés simples sans personnalité juridique et les associations, en ce compris les ASBL. Par ailleurs, si la majoration conduit à dépasser les plafonds des aides de minimis, son montant sera ajusté en conséquence. Enfin, la prime ne peut en aucun cas dépasser le coût effectivement supporté par l'employeur, contrôlé par le Forem sur la base de la DmfA.
La durée de base est de 12 mois. Elle est portée à 24 ou 36 mois selon la combinaison de trois critères : la durée d'inscription au Forem, l'âge du travailleur et son niveau de diplôme (CESS : certificat d'enseignement secondaire supérieur ; CESI : certificat d'enseignement secondaire inférieur). Le tableau ci-dessous synthétise les combinaisons prévues.
Inscription au Forem | Âge / niveau de diplôme | Durée de l'aide |
Minimum 4 mois | Moins de 25 ans ou 57 ans et + / max CESS | 12 mois |
Minimum 4 mois | Moins de 25 ans ou 57 ans et + / max CESI | 24 mois |
Minimum 12 mois | Tous âges / tous diplômes | 12 mois |
Minimum 12 mois | 57 ans et + (tous diplômes) ou moins de 57 ans / max CESI | 24 mois |
Minimum 24 mois | Tous âges / tous diplômes | 24 mois |
Minimum 24 mois | 57 ans et + (tous diplômes) ou moins de 57 ans / max CESI | 36 mois |
Aptitude réduite au travail | — | 36 mois |
| ■ Exemple 1 — PME engageant un travailleur de 58 ans – Employeur : SRL de 12 équivalents temps plein, unité d'établissement à Namur – Travailleur : 58 ans, inscrit au Forem depuis 24 mois, temps plein – Prime de base : 1 000 € / mois – Majoration PME (max 20 ETP) : 200 € / mois – Durée d'octroi : 36 mois (inscription 24 mois + 57 ans et plus) – Soutien mensuel : 1 200 € – Soutien total sur 36 mois : 43 200 € ▶ Sous réserve du plafond de minimis et du coût salarial effectivement supporté |
| ■ Exemple 2 — Jeune diplômé CESS engagé après 4 mois d'inscription – Employeur : SA de 45 équivalents temps plein (pas de majoration PME) – Travailleur : 23 ans, diplôme maximum CESS, inscrit au Forem depuis 5 mois, temps plein – Prime de base : 1 000 € / mois – Durée d'octroi : 12 mois (inscription minimum 4 mois, moins de 25 ans, max CESS) – Soutien total : 12 000 € ▶ Si le même travailleur n'avait qu'un CESI, la durée serait portée à 24 mois (24 000 €) |
Le décret prévoit un garde-fou : le chercheur d'emploi qui a déjà été engagé sur la base d'une période d'inscription d'au moins 4 mois n'est plus éligible pour un nouvel octroi de la prime aux mêmes conditions auprès d'une entreprise, sous réserve du mécanisme de portabilité. L'objectif est d'éviter que le compteur de la prime ne reparte de zéro à chaque engagement successif du même travailleur.
Lorsque le contrat de travail prend fin avant l'échéance de la durée d'octroi, la prime est définitivement perdue pour l'employeur. S'il réengage ultérieurement le travailleur qui lui avait ouvert le droit à la prime, il ne pourra plus en bénéficier. En revanche, dans le chef du travailleur, le solde de la durée d'octroi n'est pas perdu : il le suit dans la suite de son parcours professionnel, à la manière d'un sac à dos.
Concrètement, l'octroi de la prime est suspendu le lendemain de la fin du contrat et la suspension est levée lorsque le demandeur d'emploi conclut un nouveau contrat auprès d'un autre employeur. La portabilité peut être utilisée plusieurs fois, auprès de plusieurs employeurs, jusqu'à épuisement de la durée totale de l'octroi initial. Les conditions d'âge et de diplôme, vérifiées la veille du premier engagement, ne sont pas réexaminées en cas de portabilité.
Cas particulier : le jeune de moins de 25 ans
Une exception limite la portabilité dans le temps : pour le travailleur qui bénéficie de l'aide sur la base d'une période d'inscription de 4 mois et qui avait moins de 25 ans lors du premier octroi, la portabilité prend fin à l'âge de 27 ans.
| ■ Exemple 3 — Portabilité après une rupture anticipée – Situation initiale : Travailleur de 40 ans, max CESI, inscrit 12 mois : durée d'octroi de 24 mois chez l'employeur A – Rupture : Le contrat prend fin après 10 mois de prime – Conséquence pour l'employeur A : Prime définitivement perdue, même en cas de réengagement – Sac à dos du travailleur : Solde de 14 mois de prime – Employeur B (engagement ultérieur) : Bénéficie du solde de 14 mois, sans réexamen de l'âge ni du diplôme ▶ Avant d'engager, consultez le calculateur du Forem : durée entière ou simple solde ? |
« La prime n'appartient pas à l'employeur : elle accompagne le travailleur. C'est le renversement de logique le plus original de la réforme. » |
L'Incitant Job Plus est cumulable avec d'autres primes et subventions, à la condition que l'ensemble des aides ne dépasse pas le coût global de la rémunération des travailleurs concernés. Trois cumuls sont toutefois expressément exclus : la mesure APE, la subvention aux CPAS dans le cadre des articles 60, § 7 et 61, ainsi que l'aide aux entreprises d'insertion.
La demande s'effectue exclusivement au moyen d'un formulaire électronique dans l'Espace Entreprise, sur le site du Forem. Aucune pièce salariale n'est à transmettre : le Forem calcule le montant de la prime sur la base des données DmfA et la verse trimestriellement. Le contrôle du coût effectivement supporté par l'employeur est opéré de la même manière, sur la base de la DmfA. Le Forem organise par ailleurs des séances d'information à destination des employeurs.
Les six mesures abrogées ne disparaissent pas brutalement pour ceux qui en bénéficient déjà. Le régime transitoire varie selon la mesure concernée.
Pour la mesure SESAM et la mesure Tremplin 24 mois +, toute demande introduite avant le 1er juillet 2026 continue à être honorée, au plus tard jusqu'au 31 décembre 2029 inclus. La date prise en compte est celle de la réception de la demande par le service instructeur (SESAM) ou par le Forem (Tremplin).
Pour les activations Impulsion 12 mois et + et Impulsion – 25 ans, les allocations de travail continuent à être octroyées pour toute demande introduite avant le 1er juillet 2026, au plus tard jusqu'au 31 décembre 2029 inclus, y compris en cas de portabilité liée à la mesure. La date prise en compte est celle de la réception du dossier complet par l'ONEm.
Enfin, pour les réductions de cotisations patronales Impulsion 57+ et pour la réduction et la subvention Sine, l'avantage démarré avant le 1er juillet 2026 continue à s'appliquer tant que l'occupation reste continue auprès du même employeur.
| ► À retenir — les transitoires ✓ SESAM et Tremplin 24+ : demandes introduites avant le 1er juillet 2026 honorées jusqu'au 31 décembre 2029 au plus tard. ✓ Impulsion 12 mois et + et Impulsion – 25 ans : idem, sur la base de la date de réception du dossier complet par l'ONEm. ✓ Impulsion 57+ et Sine : maintien de l'avantage tant que l'occupation est continue chez le même employeur. |
Élément | Règle |
Base légale | Décret du 21 mai 2026, M.B. 9 juin 2026 — en vigueur le 1er juillet 2026 |
Bénéficiaire | Entreprise (personne physique ou morale) avec unité d'établissement en région de langue française |
Travailleur visé | Demandeur d'emploi inscrit au Forem, domicilié en région de langue française, en période d'inscription de 4, 12 ou 24 mois minimum |
Engagement minimal | 3 mois (continus ou non), minimum mi-temps, tout contrat sauf étudiant |
Montant | 1 000 € / mois (temps plein), proratisé selon la DmfA |
Majoration PME | + 200 € / mois si maximum 20 ETP (hors sociétés simples et associations) |
Durée | 12, 24 ou 36 mois selon inscription, âge et diplôme ; 36 mois si aptitude réduite |
Portabilité | Perte définitive pour l'employeur en cas de rupture ; solde porté par le travailleur |
Cumul | Autorisé jusqu'au coût global de la rémunération ; exclu avec APE, art. 60, § 7 et 61 CPAS, entreprises d'insertion |
Procédure | Demande électronique via l'Espace Entreprise du Forem ; paiement trimestriel sur base DmfA |
Transitoires | Anciennes mesures maintenues selon des régimes propres, au plus tard jusqu'au 31 décembre 2029 |
Avant tout engagement, le réflexe central est la consultation du calculateur en ligne du Forem : il permet de vérifier l'éligibilité du candidat, de connaître la durée d'octroi applicable et, surtout, de détecter si le candidat porte un simple solde de prime au titre de la portabilité. Le montant en jeu peut varier du simple au triple selon le profil du travailleur — entre 12 000 € et 43 200 € pour une PME sur un temps plein — et mérite d'être intégré dans le calcul du coût d'embauche.
Les employeurs qui bénéficient encore d'une ancienne mesure veilleront à identifier le régime transitoire applicable et ses échéances, en particulier l'horizon du 31 décembre 2029 pour SESAM, Tremplin et les activations Impulsion, et la condition d'occupation continue pour Impulsion 57+ et Sine : une rupture de l'occupation y met fin définitivement.
Enfin, la vigilance reste de mise sur deux fronts : la conformité fiscale et sociale de l'entreprise, condition d'accès à la prime, et l'arrêté du Gouvernement wallon encore attendu, qui précisera notamment les éléments salariaux pris en compte pour le contrôle du coût. Nous suivons ce dossier et reviendrons vers vous dès la publication de ces précisions.
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Références
¹ Décret du 21 mai 2026 portant création d'un incitant unique à l'embauche, M.B., 9 juin 2026.
² Un arrêté du Gouvernement wallon doit encore préciser diverses modalités d'exécution, notamment les éléments salariaux pris en compte pour le contrôle du coût supporté par l'employeur.
³ ICF — International Classification of Functioning, Disability and Health, classification utilisée pour identifier les chercheurs d'emploi en situation d'aptitude réduite au travail.