
Créer une ASBL en Belgique reste, en apparence, une démarche accessible : quelques fondateurs, des statuts, un dépôt au greffe, une publication au Moniteur belge… et l’association existe. En 2026, cette vision « administrative » est toutefois insuffisante. Depuis l’entrée en vigueur du Code des sociétés et des associations (CSA), l’ASBL s’inscrit dans un cadre juridique modernisé, plus cohérent… et plus exigeant : l’association est pleinement intégrée au droit des organisations, elle doit être structurée, documentée, et administrée avec méthode.
L’enjeu n’est pas seulement de « créer » l’ASBL, mais de la créer correctement, de manière à sécuriser :
L’objectif de cet article est donc de vous fournir un guide complet, en 2026, avec une lecture à la fois juridique et opérationnelle : quoi faire, dans quel ordre, pourquoi, et avec quels points d’attention.
Une association sans but lucratif est une personne morale qui poursuit un but désintéressé. Son ADN est simple : elle peut déployer des activités, parfois substantielles, mais elle ne peut pas organiser une distribution de bénéfices (directe ou indirecte) à ses membres, administrateurs, fondateurs ou personnes liées. Elle dispose d’un patrimoine propre et d’une personnalité juridique distincte de celle de ses membres.
Sous le CSA, l’ASBL est également pleinement intégrée au droit économique : elle est considérée comme une entreprise au sens juridique (ce qui structure son inscription, son contentieux, et certaines conséquences en cas de difficultés).¹
À retenir : l’ASBL est une personne morale autonome : elle protège ses membres, mais elle exige une gouvernance et une discipline documentaire sérieuses.
La raison principale tient à la sécurité juridique.
Créer une ASBL, c’est :
Dans la pratique, la forme ASBL est particulièrement pertinente dès que le projet :
En 2026, une ASBL peut être constituée avec au moins deux personnes (personnes physiques ou morales).¹
Cette simplification est importante : elle permet la création de structures plus légères, y compris pour des projets très ciblés.
Attention toutefois : cette facilité ne dispense pas d’organiser une gouvernance robuste. Une ASBL à deux personnes peut fonctionner, mais elle doit anticiper :
On peut regrouper la constitution en sept étapes structurantes :
Le nom doit être distinct et non trompeur. Il est prudent de vérifier qu’il n’existe pas déjà une personne morale portant une dénomination identique ou trop proche.
Ici, le CSA impose une discipline intellectuelle utile : distinguer clairement :
Une définition trop vague fragilise la cohérence. Une définition trop étroite bloque l’évolution. L’équilibre consiste à rédiger un objet suffisamment large, mais toujours rattaché au but.
Les statuts sont la « colonne vertébrale » de l’ASBL : ils organisent les organes, les membres, les pouvoirs, les convocations, les modalités d’admission/sortie, la dissolution, etc.
Même si la loi n’impose pas une “répartition des rôles” formelle, l’expérience montre que la clarté interne évite des crises inutiles. À titre d’organisation interne, on retrouve souvent :
Le dépôt des statuts (et des actes relatifs à la nomination des administrateurs) est une étape structurante : c’est à ce stade que se joue l’acquisition de la personnalité juridique.¹
Le dépôt peut s’effectuer via les canaux prévus (dont le dépôt électronique).
Dans la foulée, l’ASBL est inscrite à la Banque-Carrefour des Entreprises, et reçoit un numéro d’entreprise.¹
C’est souvent là que les difficultés commencent : compte bancaire, TVA, UBO, comptabilité, documents internes, etc. Une création réussie est une création qui anticipe ces obligations dès le départ.
Sans transformer cet article en liste exhaustive, il est essentiel que vos statuts organisent au minimum :
Deux observations pratiques méritent d’être soulignées :
Deux options existent :
Dans beaucoup de créations « standard », l’acte sous seing privé suffit. Le notaire peut toutefois offrir une sécurité supplémentaire dans des cas où :
La TVA dépend des activités, pas de la forme juridique.
Une ASBL doit envisager la TVA si elle effectue de manière régulière et indépendante des livraisons de biens ou des prestations de services relevant de l’activité économique.
Deux réalités coexistent en pratique :
Point d’attention : l’enjeu TVA n’est pas seulement déclaratif ; il touche à la facturation, à la récupération de la TVA, au droit à déduction et au risque de régularisations. Une ASBL “simple” peut devenir techniquement “complexe” dès qu’elle multiplie les activités ou les sources de financement.
Une fois la personnalité juridique acquise, l’ASBL ouvre un compte à son nom.
En pratique, les banques demandent généralement :
Certaines ASBL rencontrent encore des difficultés d’ouverture de compte ; il est donc utile d’anticiper :
Le registre UBO impose de déclarer les “bénéficiaires effectifs”, dans un cadre de transparence. Pour une ASBL, sont notamment concernés :
Point clé : l’obligation ne s’arrête pas à la première déclaration. Toute modification doit être mise à jour.
Le droit comptable distingue, en substance, des ASBL de taille plus importante et des ASBL plus petites, avec :
L’enjeu, ici, est moins la théorie que la pratique : une ASBL qui grandit peut changer de catégorie, et donc :
Toutes les ASBL ne peuvent pas délivrer automatiquement des attestations fiscales permettant à un donateur de bénéficier d’une réduction d’impôt. Cette faculté suppose généralement un régime d’agrément ou d’encadrement spécifique.³
À retenir : la capacité à émettre des attestations fiscales est un sujet stratégique (collecte de dons), mais aussi un sujet de conformité : procédure, conditions, traçabilité des dons, conservation des preuves.
En pratique, les coûts sont principalement liés aux formalités et à la publication. Les tarifs sont indexés et varient selon le mode de dépôt. Il faut en outre anticiper les coûts indirects (organisation, comptabilité, assurance, outils, etc.).
Le bon raisonnement n’est pas “combien coûte la création”, mais “combien coûte une création mal pensée”, c’est-à-dire une création qui oblige ensuite à corriger : statuts incomplets, gouvernance floue, PV insuffisants, TVA non anticipée, UBO oublié, etc.
Créer une ASBL en 2026 n’est plus un simple acte administratif ; c’est la construction d’un cadre juridique et organisationnel qui doit être cohérent, documenté et durable. Le CSA a offert plus de flexibilité (notamment via la modernisation du droit associatif), mais en contrepartie il attend des associations une gouvernance plus lisible, plus rigoureuse, et mieux traçable.
Une ASBL bien créée est une ASBL qui :
Chez Deg & Partners, nous accompagnons les porteurs de projets associatifs dans cette approche : transformer les exigences légales en structure, et la structure en sérénité. Ensemble, nous transformons la complexité en clarté.
Étape | Action | Document / preuve | Point d’attention principal |
1 | Choix du nom | Vérification de disponibilité | Éviter confusion et litiges |
2 | Définir but + objet | Note préparatoire / projet | Distinguer but et activités |
3 | Rédiger les statuts | Acte constitutif | Statuts = outil de gouvernance |
4 | Organiser les rôles | PV / note interne | Prévenir les conflits internes |
5 | Dépôt au greffe | Dépôt + publication | Moment clé de la personnalité juridique |
6 | Inscription BCE | Numéro d’entreprise | Données à maintenir à jour |
7 | Compte bancaire | PV mandataires + KYC | Anticiper exigences bancaires |
8 | TVA (si applicable) | Identification / obligations | Dépend des activités |
9 | Registre UBO | Déclaration + mises à jour | Obligation continue |
10 | Comptabilité | Organisation et pièces | Catégorie évolutive selon taille |
11 | Dons & attestations | Procédure + conditions | Soumis à cadre spécifique |
12 | Gouvernance continue | PV, convocations, budget | La conformité se pilote |
¹ Code des sociétés et des associations (CSA), tel qu’instauré par la loi du 23 mars 2019 (publication au Moniteur belge le 4 avril 2019) ; règles d’entrée en vigueur et applicabilité progressive (notamment pour les associations).
² Loi du 18 septembre 2017 relative à la prévention du blanchiment de capitaux et du financement du terrorisme et limitation de l’utilisation des espèces (obligation UBO).
³ CIR 92, art. 145/33 (réduction d’impôt pour libéralités) et dispositions d’exécution relatives aux institutions/organismes habilités à délivrer des attestations fiscales (cadre d’agrément et conditions).