L'IFAC confirme clairement notre analyse de mardi dernier: c'est notre image, pas les jeunes, qu'il faut changer
Temps de lecture: 3 min | 25 mars 2026 à 05:00
Guy KAHN
Président @ Experts-comptables sans frontières | Administrateur @ Forum For the Future
Mardi dernier, nous nous interrogions sur l’image vieillissante de notre métier et sur la nécessité de « remettre de la passion dans nos chiffres et nos conseils ». Cette chronique défendait l’idée que la pénurie de candidat.e.s ne s’expliquait pas seulement par des facteurs démographiques, mais d’abord par une image trop grise de notre profession.
Une grande enquête mondiale de l’IFACsur l’attractivité de la carrière comptable vient confirmer, point par point, notre diagnostic.
Premier constat : la profession se transforme en profondeur. Les professionnels de la comptabilité sont aujourd’hui au cœur de la donnée, de la technologie, de la durabilité et de la gouvernance, dans tous les secteurs d’activité.
· Pourtant, l’enquête montre que la pénurie de talents s’aggrave et que les jeunes ne se projettent pas spontanément dans nos métiers. L’image dominante reste celle d’un travail routinier, administratif, centré sur la conformité, très loin de la réalité vécue dans nos cabinets et nos entreprises.
Deuxième constat : ce décalage vient en grande partie de l’image que nous donnons nous‑mêmes de la profession.
· Aux yeux des étudiant.e.s, des enseignant.e.s et des conseillers d’orientation, la comptabilité reste associée aux examens difficiles, aux normes, aux contrôles et aux obligations.
Tout cela est essentiel, bien sûr. Mais l’étude met en évidence ce que nous pointions déjà : le narratif est incomplet. Il dit peu l’impact sociétal, la mobilité internationale, la diversité des carrières, l’ascenseur social qu’offre notre diplôme.
Troisième constat : les attentes des nouvelles générations sont claires.
· Elles cherchent du sens, de la flexibilité, un environnement digital, des apprentissages continus, de la diversité et un bon équilibre de vie.
Or beaucoup ne voient pas ces éléments dans l’image actuelle de la profession, alors même qu’ils existent déjà dans de nombreux cabinets et entreprises.
Face à cela, l’IFAC formule des recommandations qui prolongent directement notre appel de mardi.
D’abord, reprendre la main sur notre image : présenter la comptabilité comme une carrière à forte éthique, au service de la transparence, de la durabilité et de l’économie réelle, pas comme un simple rôle administratif.
Ensuite, montrer la diversité des parcours et des opportunités : cabinet, entreprise, secteur public, audit, conseil, data, durabilité, mobilité internationale.
Agir aussi très tôt sur le pipeline de talents, en travaillant avec les écoles et en multipliant les rencontres avec des praticiens.
Enfin, adapter nos pratiques d’employeurs et d’organismes professionnels : recrutement plus moderne, formation continue, mentorat, travail hybride, conditions alignées sur les attentes des jeunes.
Cette étude internationale de l’IFAC ne fait pas que conforter notre ressenti personnel : elle met des mots clairs sur le malaise du recrutement que nous expérimentons toutes et tous.
Souhaitons, donc, que les recommandations de l’IFAC alimentent aussi, demain, les réflexions de l’ ITAA sur l’avenir de notre profession.
Car cette étude nous rappelle que la bataille de l’attractivité est d’abord une bataille de l’image. À nous de raconter enfin, avec fierté, le métier que nous exerçons réellement.