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La saisie et les états comptables et fiscaux générés automatiquement ... éjectés du monopole de l'expert-comptable français !

La Cour de cassation française a envoyé un signal fort. Elle dit, noir sur blanc, que la saisie comptable ne relève plus du monopole de l’expert-comptable. Cela se passe en France, pas encore chez nous. Mais, au rythme où évoluent la technologie et les attentes des entreprises, nous savons bien que cette question finira aussi par se poser en Belgique, sous une forme ou sous une autre.

Dans nos cabinets belges, nous la voyons déjà venir.

Les factures arrivent toutes seules. Les extraits bancaires se déversent dans les logiciels. Des algorithmes proposent des imputations, génèrent un bilan provisoire, préremplissent une déclaration TVA. Une grande partie de ce que nous appelions « tenue » se fait désormais en coulisses. La saisie, doucement mais sûrement, s’efface de notre quotidien.

Ajoutons à cela une réalité nouvelle :

L’IA ne se contente plus de saisir. Elle analyse. Elle repère les marges qui s’érodent, les délais de paiement qui dérapent, les tensions de trésorerie. Elle propose des scénarios, rédige même des commentaires de gestion. Sur l’écran, cela ressemble à du conseil. Mais ce n’est qu’un conseil sans visage, sans responsabilité, sans connaissance intime de la personne, de son histoire, ni de celle de son entreprise.
Notre monopole ne protège pas la main qui encode, ni l’algorithme qui suggère. Il protège la tête et le cœur qui assument. Le moment précis où l’une de nos consœurs ou l’un de nos confrères tranche : ceci est une immobilisation, ceci est une charge, ceci est un risque fiscal majeur, ceci met en danger la continuité. Cela, aucune plateforme, aucune IA ne le franchira à notre place devant l’administration, la banque ou la famille derrière l’entreprise.

Pour nos cabinets de proximité, le message est clair.

Nos client.e.s dirigeant.e.s de PME utiliseront de plus en plus des outils qui promettent une comptabilité « quasi prête » et des analyses « intelligentes ». Acceptons-le. Une comptabilité produite par une machine reste un brouillon, même très bien présenté. Un tableau de bord automatique reste une ébauche, même séduisante. La vraie valeur de nos collaboratrices et collaborateurs commence là où la mécanique s’arrête : dans l’interprétation, l’alerte, la mise en perspective, le courage de dire non et, surtout, dans la présence et l’écoute.

À nous, maintenant, d’organiser nos flux pour que l’automatisation et l’IA nous libèrent du temps.

Pas pour disparaître. Pour être plus présentes et présents là où nous sommes irremplaçables. Pour revoir les imputations sensibles. Pour expliquer les enjeux. Pour accompagner nos client.e.s là où leur avenir se joue vraiment, dans la durée.

Ce mouvement touche au cœur de notre identité professionnelle.

Il mérite aussi un éclairage institutionnel. Il serait précieux que notre Institut, l’ITAA, puisse approfondir ce sujet, clarifier pour nous le cadre belge et nourrir notre réflexion commune sur la place de la saisie, de la sous-traitance et de l’IA dans le périmètre de nos missions. Nous avons besoin, ensemble, d’y voir clair pour continuer à avancer avec confiance.
La bataille n’est plus celle de la saisie.

Elle est celle de notre capacité, comme consœurs et confrères, à incarner un jugement professionnel engagé, une présence humaine fiable, un accompagnement responsable dans un monde saturé de données.
C’est là que réside notre véritable monopole. Et celui-là, si nous le prenons au sérieux, personne ne nous le retirera.

Guy

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