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Couple et enfants à charge: qui reçoit la quotité exemptée dans votre ménage ?

En imposition commune, chaque conjoint ou cohabitant légal dispose de sa propre quotité exemptée d'impôt, mais les suppléments pour enfants à charge sont attribués selon des règles légales précises, pas toujours intuitives. Qui en bénéficie ? Que se passe-t-il quand un conjoint gagne peu, ou perçoit des revenus étrangers ? Et que va changer la réforme de l'impôt des personnes physiques en discussion au Parlement ? Décodage.

1. Une franchise d'impôt pour chacun, un calcul pour le ménage

Chaque contribuable bénéficie d'une quotité de revenu exemptée d'impôt : une fraction de ses revenus échappe à toute imposition, quel que soit leur montant. Pour l'exercice d'imposition 2026 (revenus 2025), ce montant de base s'élève à 10.910 euros par personne¹. Il est majoré de suppléments liés à la situation familiale : 1.980 euros pour un enfant à charge, 5.110 euros pour deux enfants, 11.440 euros pour trois enfants et 18.510 euros pour quatre enfants².

Depuis la réforme du décumul de 2001, les époux et cohabitants légaux font l'objet d'une imposition commune, mais leurs revenus ne sont plus additionnés : chacun dispose de son propre revenu imposable et de sa propre quotité exemptée³. Précision utile : votre contrat de mariage n'y change rien. Que vous soyez mariés sous le régime légal de communauté, en communauté universelle ou en séparation de biens, le calcul fiscal des quotités exemptées obéit aux mêmes règles.

2. Les suppléments vont au conjoint qui gagne le plus — et c'est voulu

La loi tranche la question de la répartition : les suppléments pour enfants à charge sont imputés dans le chef du conjoint qui a le revenu imposable le plus élevé⁴. La logique est celle de l'efficacité : ces suppléments réduisent l'impôt là où les taux sont les plus hauts, ce qui maximise l'avantage pour le ménage dans son ensemble.

Et si l'un des conjoints gagne moins que sa propre quotité de base ? L'excédent n'est pas perdu : il est transféré à l'autre conjoint. Prenons un ménage avec deux enfants où A déclare 45.000 euros et B seulement 3.000 euros. B n'utilise que 3.000 euros de sa quotité de 10.910 euros ; le solde de 7.910 euros rejoint la quotité de A, qui reçoit aussi le supplément de 5.110 euros pour les deux enfants. La quotité totale de A atteint ainsi 23.930 euros. Le ménage ne perd rien à la disparité des revenus.

3. Revenus étrangers et MyMinfin : le double calcul automatique

La règle du « revenu le plus élevé » peut toutefois se retourner contre le ménage lorsque ce conjoint perçoit des revenus étrangers exonérés en Belgique sous réserve de progressivité — situation classique des travailleurs frontaliers. Les suppléments s'imputent alors sur des revenus... qui ne sont pas taxés en Belgique, et l'avantage fiscal fond. L'administration corrige cette situation depuis 2017 : elle effectue automatiquement deux calculs — imputation chez l'un, puis chez l'autre — et retient le résultat le plus favorable⁵. Vous n'avez aucune démarche à accomplir.

Conséquence pratique : le détail de calcul affiché dans MyMinfin peut montrer une imputation des suppléments chez le conjoint aux revenus les moins élevés. Ce n'est pas nécessairement une erreur — c'est souvent le signe que le double calcul a joué en votre faveur. Seul compte le calcul final enrôlé sur votre avertissement-extrait de rôle.

4. Crédit d'impôt gelé, quotité de base en hausse : ce qui bouge

Deux évolutions récentes méritent votre attention. D'une part, la loi du 18 décembre 2025 gèle de manière permanente le plafond du crédit d'impôt remboursable pour enfants à charge — la conversion en argent de la quotité que vos revenus ne peuvent absorber — à 550 euros par enfant : ce montant ne sera plus indexé⁶. D'autre part, le projet de loi de réforme de l'impôt des personnes physiques déposé le 17 décembre 2025, toujours en discussion à la Chambre, prévoit de porter progressivement la quotité de base d'environ 10.910 à 15.600 euros à l'horizon 2030, tout en gelant temporairement l'indexation des suppléments familiaux entre 2027 et 2030⁷. Un mouvement favorable aux contribuables, mais dont le calendrier et les paramètres restent à confirmer par le vote de la loi.

► Lecture rapide — À retenir

Chaque conjoint dispose de sa propre quotité exemptée : 10.910 euros pour l'exercice d'imposition 2026, quel que soit le régime matrimonial.

Les suppléments pour enfants à charge sont imputés d'office chez le conjoint au revenu imposable le plus élevé ; la quotité inutilisée de l'autre conjoint lui est transférée.

En présence de revenus étrangers exonérés, l'administration effectue automatiquement un double calcul et retient la solution la plus favorable au ménage.

Une imputation « inversée » affichée dans MyMinfin n'est pas une anomalie : seul l'avertissement-extrait de rôle fait foi.

Le crédit d'impôt pour enfants est gelé à 550 euros par enfant ; la quotité de base devrait fortement augmenter d'ici 2030 selon le projet de réforme en discussion.

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Références

¹ Art. 131, al. 1er, CIR 92 (montant indexé pour l'exercice d'imposition 2026).

² Art. 132, al. 1er, CIR 92 (montants indexés pour l'exercice d'imposition 2026).

³ Loi du 10 août 2001 portant réforme de l'impôt des personnes physiques, MB 20 septembre 2001 ; arts. 126 et 127 CIR 92.

⁴ Art. 134, § 4, CIR 92.

⁵ Art. 134, § 4, al. 3, CIR 92 ; Circ. 2017/C/31 du 18 mai 2017, SPF Finances.

⁶ Art. 134, § 3, CIR 92, modifié par la loi du 18 décembre 2025 portant des dispositions diverses, MB 30 décembre 2025.

⁷ Projet de loi portant réforme de l'impôt des personnes physiques, déposé à la Chambre le 17 décembre 2025 (en discussion).

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