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Quel État-actionnaire méritons-nous?

Je défie quiconque de m’expliquer quelle est la ligne directrice de la gestion des entreprises belges conjointement détenues par l’État belge et des actionnaires privés, dont des porteurs de titres en bourse.

Rien ne découle d’un cadre conceptuel, mais plutôt de cabotages politiques qui ont conduit à des choix circonstanciels. Ceux-ci mélangent les contraintes de l’actualité, comme la nationalisation de Belfius ou la détention d’une participation importante au sein de BNP Paribas Fortis à la suite de la crise de 2008, des évolutions technologiques ou le simple délestage d’anciens monopoles publics vers l’actionnariat privé, comme ce fut le cas pour la Poste et Proximus.

Tous ces cas sont bien sûr différents, mais un arrière-plan mérite d’être gardé à l’esprit. La Belgique est un espace commercial géographiquement trop restreint pour y dégager la croissance exigée par des actionnaires privés. Ainsi, lorsque l’État détient la moitié du capital, comme dans le cas de Bpost et de Proximus, c’est lui, actionnaire majoritaire, qui décide de l’avenir de l’entreprise et veut, à juste titre, préserver le service public et l’emploi qui y sont associés. Mais le cours de bourse est, lui, « fabriqué » par des actionnaires minoritaires qui décotent l’entreprise année après année parce que le marché belge est trop étroit. Par une lente dégradation, ces entreprises se développent à l’étranger avec des succès homéopathiques qui, finalement, détournent des investissements en Belgique sans que ceux effectués à l’étranger soient récompensés. Il en résulte une dégringolade boursière irrécupérable.

Le temps est donc venu de faire un arrêt sur image et d’articuler une vision structurée des choses. Hormis la réception de dividendes et d’éventuels accords occultes avec BNP Paribas, l’État ne devrait-il pas se désengager de l’actionnariat de BNP Paribas ? On pourrait certes argumenter que l’État perdrait probablement un fil de contrôle sur deux institutions belges critiques, à savoir l’ancienne Fortis et Ageas, la maison-mère d’AG Assurances, mais cela pourrait être compensé par des contraintes de gestion négociées.

Pour Proximus, l’aventure étrangère a déçu. Ce groupe ne devrait-il pas faire l’objet d’une scission ou d’un adossement à un groupe étranger pour ses activités internationales, d’autant plus que le monopole de l’ancienne RTT est démantelé depuis longtemps ? Et pour la Poste, serait-ce indécent de poser la même question, quitte à renationaliser les activités belges, sachant que la valeur de la partie de Bpost cotée en bourse ne dépasse pas 200 millions d’euros, soit presque rien à l’aune des finances publiques ? Certains prophétisent la faillite de Bpost, mais là n’est pas la question. Si le risque se concrétise, il faudra s’interroger sur la responsabilité de ceux qui ont effectué deux milliards d’euros d’investissements à l’étranger à renfort de cash-flow postal et d’emprunts, et admettre qu’une faillite n’est pas l’aboutissement, mais bien le prélude à une nationalisation.

Dans cette perspective, seule la stratégie de Belfius garde sa logique : ouvrir 20 % de son capital à des partenaires industriels, sans cotation boursière, afin d’imaginer probablement des percées à l’étranger, car la part de marché de Belfius en Belgique atteindra, à un moment, un point d’équilibre.

Je ne dis pas que toutes ces pistes sont fondées, mais un débat public serait nécessaire, car il s’agit de la stratégie du Royaume. Et quand on voit le cortège d’erreurs qui ont émaillé la vie de nos centrales nucléaires, on se dit quand même que cela doit servir de leçon pour une vision intelligente et ancrée.

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