
La dette publique américaine, difficilement maîtrisable, pourrait aussi provoquer une défiance brutale envers le dollar, sauf si les États-Unis contraignent leurs alliés à financer leurs déficits, en liant plus explicitement la protection militaire, l’accès à leur marché et l’achat de titres du Trésor.
Mais cette lecture demeure classique et trop linéaire. Le véritable choc pourrait être institutionnel.
Imaginons qu’en 2028, Donald Trump conteste l’élection présidentielle, cherche à prolonger son pouvoir ou refuse d’en assurer la transmission normale. Le 22e amendement lui interdit pourtant d’être élu une troisième fois. Il ne s’agirait plus d’une crise électorale ordinaire, mais d’un affrontement entre la Maison-Blanche, les États, les tribunaux, le Congrès, l’armée et les administrations fédérales.
Les élections de mi-mandat, dans quelques mois, constitueront un test essentiel : acceptation des résultats, pressions sur les autorités électorales, réactions des juges et capacité du Congrès à jouer son rôle de contre-pouvoir.
Que ferait alors une Réserve fédérale passée, de fait sinon de droit, sous la coupe du Président ? Elle pourrait abaisser les taux trop tôt et reprendre massivement ses achats de dette. Cette liquidité retarderait peut-être la chute des actions, mais ferait monter l’inflation anticipée et les taux longs. Elle détruirait surtout le principal actif des États-Unis : la confiance institutionnelle.
Dans ce scénario — une hypothèse, pas une prévision — j’estime qu’une crise ouverte pourrait faire perdre de 30 à 40 % au S&P 500 et de 45 à 55 % au Nasdaq, plus exposé aux valorisations liées à l’IA. Les marchés européens reculeraient probablement de 20 à 30 %. Les obligations américaines à long terme seraient également touchées : ce krach n’offrirait donc pas les refuges habituels.
L’or pourrait, en revanche, gagner de 35 à 60 % en dollars sur une période de douze à dix-huit mois. Davantage encore si les banques centrales accéléraient brutalement leur diversification hors du dollar. En euros, la hausse serait probablement plus limitée — entre 20 et 40 % — en raison de la baisse du billet vert.
Ces ordres de grandeur correspondent à une crise proche de celle de 2008 par son intensité financière, mais aggravée par une crise de la monnaie de réserve.
Le risque ultime n’est donc peut-être pas l’éclatement de la bulle de l’IA. C’est la rupture simultanée de trois confiances : dans l’élection, dans la banque centrale et dans le dollar.
Les marchés savent valoriser une récession. Ils ne savent pas valoriser la fin de la prévisibilité constitutionnelle.