
Il existe des paramètres objectifs. Le déficit budgétaire fédéral américain et la dette publique sont sur une trajectoire jugée insoutenable à long terme.
Il y a quelques jours encore, le président de la Federal Reserve, Jerome Powell, a averti que sans mesures correctrices rapides – que les Américains ne semblent pas prêts à prendre puisqu’ils continuent de s’endetter dans leur propre monnaie –, « cela ne finira pas bien ». Powell a insisté : le niveau actuel de la dette n’est pas encore insoutenable, mais son chemin l’est clairement.
Par ailleurs, Donald Trump et son secrétaire au Trésor (ainsi que des conseillers tels que Stephen Miran) souhaitent aligner davantage les orientations de la Federal Reserve sur les priorités politiques américaines. Cela passe par une réduction de l’indépendance de la Fed. Une telle évolution pourrait conduire à une politique monétaire plus accommodante (baisse des taux ou maintien à un niveau bas malgré l’inflation), entraînant des taux d’intérêt réels négatifs sur le dollar (après déduction de l’inflation anticipée). C’est le scénario classique d’une monnaie qui « rouille » progressivement.
Cette opération affaiblirait le dollar, qui deviendrait plus abondant. Faute de trouver suffisamment de nouveaux créanciers étrangers (notamment en raison des déficits jumeaux et d’une confiance érodée), la Fed, sous l’influence accrue de la Maison Blanche, pourrait être amenée à monétiser directement une partie de la dette publique en imprimant des dollars.
Enfin, ce qui garantit encore largement l’hégémonie du dollar, c’est que les matières premières (et surtout le pétrole) sont majoritairement libellées en dollars. Cette situation repose en partie sur la capacité militaire mondiale des États-Unis et sur le système de garanties de sécurité (dont l’OTAN joue un rôle important).
Si les États-Unis réduisent drastiquement leur engagement au sein de l’OTAN ou se retirent partiellement de celle-ci, l’hégémonie du dollar pourrait être remise en cause plus rapidement. Cette réalité est confirmée par l’émergence, encore timide mais réelle, de nouveaux écosystèmes de paiement et de règlement fondés sur le yuan chinois, ainsi que par les initiatives de dédollarisation au sein des BRICS.