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​Pourquoi tolérons-nous le népotisme politique belge ?

Je ne reviendrai pas ici sur la désignation d’Axel Miller, à qui l’on fait, je crois, un procès inique et pour qui j’ai du respect. La crise de 2008 fut mondiale et si Dexia est tombée, comme les quatre autres grandes banques belges, ce fut dans un contexte de cécité prudentielle généralisée (je dirigeais la Bourse à l'époque). Pour être tout à fait honnête, le véritable coupable du naufrage de Dexia fut le Français Pierre Richard. J’ai eu l’occasion de le rencontrer à l’époque : il m’avait laissé l’impression d’un véritable savant fou, en ébullition cérébrale, la tête comme une ampoule prête à éclater, égaré dans ses propres abstractions. Il se fait, par ailleurs, qu’Axel Miller et moi avons coécrit un ouvrage après cette crise, et qu’il a ensuite dirigé Petercam avant son intégration à Degroof, institution que j’ai moi-même dirigée.

En vérité, pousser des cris d'orfraie à l'encontre d'Axel Miller camoufle une réalité politique belge peu reluisante

Nous vivons sous un régime qualifié de démocratie parlementaire. Nous élisons nos représentants, tandis que les adhérents des partis désignent leurs présidents. Pourtant, une fois le vote consommé, la mécanique s'inverse : ce sont les présidents de parti, et non les élus de la nation, qui composent les gouvernements. Ce sont d'ailleurs eux que le Roi convoque en priorité, entérinant ainsi le passage de la démocratie à la particratie.

Les parlementaires n’ont plus leur mot à dire. Ils se contentent de suivre des consignes de vote strictes, les majorités alternatives étant devenues taboues. Signe clinique de cette agonie législative : les propositions de loi — qui émanent de la Chambre — sont devenues rares face aux projets de loi dictés par l’exécutif.

On pourrait rêver d’un gouvernement composé de personnalités portées par le suffrage universel. La réalité est plus brutale : les présidents de parti nomment, proprio motu, nos dirigeants. Ces derniers sont souvent prévenus au saut du lit, sans aucune préparation, avant d'être jetés dans l'arène pour prêter serment, au milieu d'une agitation fébrile dont la formation du gouvernement bruxellois a récemment offert un spectacle affligeant.

Mais ce népotisme ne s'arrête pas aux cabinets ministériels. Cette particratie colonise tout : des présidences d'institutions publiques aux directions d'entreprises cotées en bourse comme bpost, Proximus ou Elia. C’est une politisation systémique qui s’impose à des citoyens dépossédés de l'essence même de leur vote.

Nous n'évoluons plus dans une démocratie, mais dans le « Royaume des copains ».

La conclusion est amère : voir ces bénéficiaires du piston et de l'entre-soi s'ériger en hérauts du mérite et de l'éthique est une tartufferie. Nous avons remplacé le droit de vote par un droit de veto entre les mains de présidents de parti, transformant le citoyen en simple spectateur de sa propre dépossession.​

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