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Pourquoi notre économie doit-elle toujours croître ?

La semaine dernière, la philosophe Aurélie Duchâteau s’est opposée dans De Standaard à notre « système économique déraillé ». Elle y a fait poser à sa fille à naître la question « Pourquoi notre économie doit-elle toujours croître ? ».

Et la réponse semblait être : pas du tout, il faut se débarrasser de ce modèle fondé sur la croissance. Elle n’est pas seule à penser ainsi. Parmi d’autres, Ilja Leonard Pfeijffer, Paul Magnette et Anuna De Wever ont déjà suivi cette voie, et récemment même une directrice de la Banque Nationale a signé un pamphlet contre la croissance.

Il existe manifestement un marché pour ce type de déclarations et d’idées, mais les intéressés ne se rendent vraisemblablement pas compte des énormes avantages de la croissance économique, et encore moins du scénario catastrophe auquel nous pourrions être confrontés sans croissance économique.

La croissance économique est le moteur du progrès

Malgré toutes les critiques récentes, la croissance économique a été, à travers l’histoire, le moteur crucial du progrès humain. Sur le plan économique, l’histoire de l’humanité est celle de milliers d’années de quasi-stagnation, durant lesquelles la majeure partie de la population mondiale vivait dans une extrême pauvreté. Jusqu’au cœur du XIXe siècle, l’espérance de vie était basse (en moyenne autour de 30 ans) et près de la moitié des enfants mourait. Chaque fois que la situation économique s’améliorait un peu, la population augmentait. Et ensuite, cette population croissante heurtait rapidement ses limites, avec notamment famines, maladies diverses et conflits. Sans croissance, il n’y avait tout simplement pas d’espace depuis des millénaires pour que plus de personnes puissent vivre plus longtemps (ou survivre).

Ce n’est que vers 200 ans en arrière que les choses ont changé, lorsque la combinaison du capitalisme et de la révolution industrielle a rendu possible une croissance économique spectaculaire. Cela a fortement augmenté le niveau de vie moyen. Cela a aussi permis d’investir davantage dans l’éducation pour des couches plus larges de la population, dans la santé, dans les infrastructures, dans un État-providence… En 1820, 12 % de la population mondiale savait lire et écrire, aujourd’hui ce taux est de 87 %. Au niveau mondial, l’espérance de vie moyenne a plus que doublé pour dépasser aujourd’hui un peu plus de 70 ans. Ce progrès ne s’est pas produit partout au même rythme ni de manière uniformément répartie, mais de larges parties de la population mondiale ont vu leur niveau de vie s’améliorer nettement. Les chiffres de la pauvreté en témoignent également. En 1820, 80 % de la population mondiale vivait dans l’extrême pauvreté, aujourd’hui ce taux est inférieur à 10 %. Pour mettre cela en perspective : en 1820, environ 120 millions de personnes ne vivaient pas dans l’extrême pauvreté, aujourd’hui ce sont plus de 7 milliards de personnes.

Une croissance économique plus importante a rendu, au cours des 200 dernières années, la vie de milliards de personnes spectaculairement meilleure. Et pour progresser encore, il faut davantage de croissance économique, pas moins.

Et le réchauffement climatique alors ?

Cette croissance économique spectaculaire n’est pas venue sans coûts, le plus visible étant les dommages climatiques et environnementaux. La combustion des énergies fossiles, historiquement une des forces motrices essentielles de la croissance économique, est à la base du changement climatique, et donc aussi de l’augmentation du nombre de vagues de chaleur auxquelles nous sommes confrontés. Paradoxe, la solution réside aussi ici dans davantage de croissance économique, pas moins.

La prise de conscience que les dommages climatiques et environnementaux sont liés à certaines formes de croissance économique est maintenant largement répandue. Et des mesures sont prises en ce sens. La plupart des pays occidentaux ont réussi à découpler leur croissance économique des dommages climatiques et environnementaux. Ainsi, l’activité économique par habitant en Europe a augmenté de 60 % depuis 1990, alors que les émissions de gaz à effet de serre par habitant ont diminué de 25 %. Ces dix dernières années, la production d’électricité issue de sources durables en Europe a augmenté de 66 %, tandis que celle issue des combustibles fossiles a diminué de 30 %. Et fait crucial : ce sont les pays les plus riches (qui ont donc connu le plus de croissance économique) qui ont déjà accompli les plus grands pas dans ce domaine.

Les efforts pour une économie plus durable doivent évidemment encore être intensifiés, mais il est clairement faux que la contraction de l’économie soit une voie réaliste vers moins de dommages climatiques et environnementaux. Pour réussir la transition vers une société plus durable, davantage de recherche et d’investissements dans des solutions climatiquement neutres sont nécessaires. Là aussi, il faut plus de croissance économique, pas moins.


Moins de croissance serait une catastrophe

Dans certains milieux, l’enthousiasme pour une société sans croissance (ou pire, une activité économique qui décroît réellement) est croissant depuis un certain temps. Mais cela repose sur une méprise quant à la nature de notre société. Sans croissance, ou avec une activité économique en déclin, notre société serait bien pire qu’aujourd’hui. Pas de croissance signifie aussi pas de pouvoir d’achat supplémentaire pour les ménages, cela signifie que nous aurons du mal à continuer à financer les pensions, que notre gouvernement serait de facto en faillite, que nous ne pourrons pas maintenir notre système de soins accessible actuel, …

La conséquence la plus importante serait que nous aurions une société très différente (et non meilleure). Sans croissance économique, notre modèle économique entier devient un jeu à somme nulle. Cela signifie que certaines personnes ou groupes dans la société ne peuvent progresser qu’au détriment des autres. On obtient alors une société dans laquelle certains groupes se dressent de plus en plus les uns contre les autres pour s’approprier une plus grande part du gâteau. Ces dernières années, nous avons eu un avant-goût de cela, parce que le rythme de croissance trop faible met déjà en branle ce type de dynamiques. Ainsi, lors de la dernière campagne électorale, tous les partis politiques savaient clairement où ils allaient chercher l’argent, principalement chez d’autres groupes que leur propre électorat. Certains visaient les chômeurs, d’autres les migrants ou les Wallons, les fonctionnaires, les multinationales, les riches, … Cette approche alimente la polarisation dans notre société. Et sans croissance, ou dans une économie en contraction, cela serait bien pire encore.

Plus de croissance, pas moins

Le cynisme est que presque tout ce pour quoi les partisans des scénarios de décroissance militent, comme des logements abordables, des soins de qualité, une éducation de qualité, plus de temps, plus de qualité de vie, en somme une vie décente, ne devient possible pour un plus grand nombre que grâce à la croissance économique. En résumé, la croissance économique est une condition nécessaire pour presque tout ce qui améliore la vie des gens. Le défi principal de notre époque n’est pas que nous avons trop de croissance économique, mais que notre économie croît trop peu.


La Belgique peut mieux faire


🇫🇷 Version française (mention légale – traduction par IA)

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L'article original a été rédigé en Néerlandais. En cas de divergence d’interprétation, seule la version originale fait foi.

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