On ne s’ennuie jamais avec la Bourse: voilà pourquoi cela bouge tant!

Si vous redoutez la lassitude, intéressez-vous à la bourse, on y a toujours droit à des voltefaces, et début 2025 nous gâte en la matière. Ainsi, les grands champions de 2024, ces superstars des marchés d’actions, les Nvidia, Apple, Microsoft, Alphabet et autres qui avaient été » à la fête ont aujourd’hui « la gueule de bois ». A l’exception de Meta, les Magnificent 7 ont toutes affiché des pertes sur les deux premiers mois de l’année, et dans le cas de Tesla c’est même un fameux tête-à-queue, -30% ! Il est évidemment stimulant de chercher à comprendre un tel revirement, et c’est ce que nous proposons de faire ci-après, non sans avoir rappelé une autre vérité élémentaire : la bourse ne dit jamais pourquoi elle connaît telle ou telle évolution, et le commentateur en est réduit aux conjectures.

Une première explication est financière et a pour nom valorisation. C’est de l’ordre du « les arbres ne montent pas jusqu’au ciel ». Certes, les bénéfices de ces géants du secteur de la technologie sont conséquents et croissants, une différence majeure par rapport à la bulle « dot.com » ou « TMT » du tournant du siècle, et le pouvoir de marché de ces entreprises est considérable, mais les valorisations qu’elles avaient atteintes étaient vraiment élevées. A dire vrai, même après la récente correction, elles le sont encore. Il y a eu pour les investisseurs la peur de ne pas être du cortège des gagnants, et pour les gestionnaires l’envie de montrer aux clients qu’ils leur avaient fait prendre une bonne place dans le TGV de la bourse, mais un moment, « trop is te veel ». Un ratio cours/bénéfice de 60 ou de 140, cela peut se comprendre pour une entreprise qui commence à peine à faire des bénéfices, mais pas vraiment pour un acteur bien en place.

Une deuxième explication est chinoise et a pour nom DeepSeek. Que les Chinois parviennent si vite à faire si bien et avec une telle efficacité a fait prendre conscience que ces géants de la tech, aussi dominateurs soient-ils, auront, un jour ou l’autre, et peut-être plus vite que prévu, à faire face à un défi majeur, que ce soit l’apparition d’un concurrent ou la désaffection de la clientèle.

Une troisième explication est américaine et a pour nom Trump. Alors que le programme du Président avait été perçu comme « pro-business », avec moins de régulation et moins de taxes, le regard d’aujourd’hui est bien différent. Les annonces successives en matière de barrières douanières sont très négativement perçues, et à plus d’un titre : moins d’avantages comparatifs, moins d’économies d’échelle, moins de stimulation par la concurrence, plus d’inflation et de l’imprévisibilité. Voilà un cocktail dont le monde des entreprises se passerait volontiers. Et moins de travailleurs migrants, ce sont aussi des pénuries et des coûts salariaux en hausse. Et la détérioration du climat international, c’est une prime de risque plus élevée. Nous ajouterions volontiers que moins de régulation, c’est aussi plus d’oligopoles, plus de risques, notamment sanitaires, environnementaux, judiciaires et de corruption, et que moins de moyens publics, ce sont des travailleurs moins bien éduqués et en moins bonne santé, mais cela, il n’est pas sûr que les marchés financiers en soient conscients !

Une quatrième explication est tout autant américaine et a pour nom récession. Tout récemment, les indicateurs avancés de la conjoncture aux Etats-Unis ont affiché une très nette détérioration. Bien entendu, il faut se méfier, car une récession avait déjà été annoncée comme inévitable il y a peu mais sans se concrétiser, en dépit de la vive remontée des taux d’intérêt. 2023 et 2024 ayant été étonnamment bonnes, 2025 ne pouvait être que du même acabit. Cela semblait acquis, et plus encore avec le soutien à l’activité à court terme que l’administration Trump allait à n’en pas douter administrer. Patatras, voilà que de gros nuages sont apparus ces dernières semaines. Les indicateurs précurseurs ont piqué du nez. Confiance, intentions des responsables des achats dans les entreprises, inflation, attentes d’inflation à moyen terme, marché du travail, l’actualité a offert un fameux lot de mauvaises nouvelles. Pour le premier trimestre 2025, l’indicateur de la croissance du PIB américain en temps réel (« GDP Nowcast ») de la Federal Reserve d’Atlanta a dévissé, passant de plus de 2% de croissance fin février à près de -3% en début mars. C’est un indicateur particulièrement volatil, mais qui synthétise bien le brutal changement d’humeur conjoncturelle outre-Atlantique. Et il est une hypothèse qui voudrait que D. Trump s’en accommodera facilement, car il pourra faire porter le blâme de la récession sur l’administration Biden, espérant ensuite un rapide redressement le faisant passer pour le sauveur de l’économie américaine. A moins qu’il fasse sienne l’image d’une purge, à la Milei en Argentine. La saignée pour guérir, la médecine a fait plus de progrès que la pensée politique de certains dirigeants !

Il y a rarement en économie un facteur explicatif unique. Pour les marchés, le traumatisme de 2022 est encore vif, quand obligations, actions et immobilier avaient fortement chuté du fait du retour de l’inflation et de la hausse qui en a résulté des taux d’intérêt. Le taux d’inflation pourrait donc être la variable clef. Or, du fait de la fermeture des frontières et du renvoi annoncé de millions de migrants, avec pénuries sur le marché du travail à la clef, du fait des droits d’importations tous azimuts, du Canada au Mexique en passant par l’Europe et la Chine, du fait encore du laxisme budgétaire qui s’annonce, les coupes dans les dépenses ne compensant pas les baisses d’impôts, ainsi que de la complaisance vis-à-vis du pouvoir de marché des grandes entreprises, qui sauront préserver leurs marges, il sera difficile pour l’administration Trump d’inverser la pression sur les prix, et d’autant plus qu’il s’opposera à un resserrement monétaire. Faire pression sur l’OPEP+ pour produire plus de pétrole et ainsi faire baisser les prix de l’énergie risque d’être largement insuffisant. Et en même temps, Trump a montré comme il savait changer d’avis et de politique, et il devrait chercher à faire de la bonne tenue de la bourse l’étalon de ses mérites. Nous savons que nous ne savons pas, si ce n’est que nous savons que nous allons continuer à ne pas savoir !

Mots clés

Articles recommandés