
Cela fait plusieurs années que j’écris que l’or redeviendra immanquablement un référentiel monétaire important. Mes lecteurs le savent. Non pas parce que nous retournerions à l’étalon-or, mais parce qu’un monde saturé de dettes publiques, d’expansions monétaires et de tensions géopolitiques finit par rechercher un actif qui n’est la dette de personne.
Mais quelque chose s’accélère. Ce n’est plus seulement le prix de l’or qu’il faut regarder. C’est sa géographie.
L’Allemagne a déjà rapatrié 300 tonnes d’or de New York vers Francfort entre 2013 et 2016, tout en conservant encore une part importante de ses réserves aux États-Unis. La France a, en 2025, vendu les 129 tonnes qui lui restaient à New York et racheté une quantité équivalente d’or en Europe. Son stock total n’a donc pas diminué, mais son or new-yorkais a disparu. Et les Pays-Bas viennent de déplacer environ 86 tonnes d’or détenues aux États-Unis et au Canada vers Londres. Leur banque centrale invoque explicitement la montée des tensions géopolitiques et la nécessité d’être mieux préparée aux crises.
L’Italie, elle, n’a rien transféré. Mais plus de 43 % de ses réserves d’or restent conservées aux États-Unis, et leur localisation est désormais regardée avec une attention croissante.
Dans le même temps, un autre mouvement se dessine à l’Est. Le Financial Times rapporte que près de 100 tonnes d’or russe ont transité par Hong Kong au cours des sept premiers mois de 2026, soit environ trois fois plus qu’un an auparavant. Les sanctions occidentales ayant fermé à l’or russe l’accès traditionnel au marché londonien, une part croissante du métal rejoint les circuits asiatiques et, en grande partie, la Chine.
Ce ne sont plus de faibles bruits. Ils deviennent assourdissants.
L’or ne remplacera pas le dollar demain matin. Le dollar reste la première monnaie de réserve mondiale. Mais derrière ces mouvements de lingots se dessine quelque chose de plus profond. Des banques centrales se demandent où conserver leur or, sous quelle juridiction et dans quel système financier. Des flux de métal se déplacent de l’Ouest vers l’Est. L’or devient moins un pari sur son prix qu’une assurance contre les risques monétaires, politiques et juridiques.
La question n’est donc plus de savoir si l’or est revenu. Il est revenu.La vraie question est de savoir ce que son retour nous dit de la confiance dans le dollar.