
J’ai commencé ma carrière chez Arthur Andersen, en recopiant des chiffres sur des feuilles jaunes, au crayon rouge et au crayon noir. Depuis, ma génération a traversé les révolutions technologiques avec le sentiment que l’expérience acquise conserverait sa valeur. Avec l’intelligence artificielle, cette continuité pourrait se rompre.
Le choc avance silencieusement. Un recrutement abandonné. Un départ non remplacé. Une fonction progressivement absorbée. Les emplois disparaissent par fragments, avant que l’on mesure l’ampleur du basculement.
Du petit chef au cadre dirigeant, ceux dont la fonction consiste à transmettre, synthétiser et surveiller l’information sont exposés. Le diplôme, l’ancienneté et la position hiérarchique ne constitueront plus des protections suffisantes.
Pour chaque travailleur, l’urgence est de reprendre l’étude, d’élargir ses compétences et de développer une « intuition éduquée ». Cette capacité à relier des savoirs, à comprendre une situation et à exercer son jugement devra se cultiver chaque jour.
Les entreprises doivent, elles aussi, anticiper. Quels emplois resteront dans trois ou cinq ans ? Quelles compétences faut-il développer dès aujourd’hui ?
Attendre, c’est risquer de faire du licenciement la seule réponse possible.
Le travailleur doit se former pour préserver son emploi, tandis que l’entreprise pourrait envisager de le supprimer afin de survivre.
Un curriculum vitae ne suffit plus s’il ne raconte que ce que l’on savait faire hier.
Il faudra démontrer ce que l’on est capable d’apprendre pour demain.