
La contestation contre l’accord Mercosur semble largement fondée sur des informations erronées. Ce n’est pas la fin de l’agriculture européenne, cela ne signifie pas que nous serons bientôt submergés par de la viande ne répondant pas à nos normes sanitaires et ce n’est certainement pas un coup dur pour notre économie. L’éventuelle importation supplémentaire de divers produits agricoles reste limitée à 1 à 2 % de la consommation européenne et les produits qui arrivent sur le marché européen doivent satisfaire aux normes européennes.
Le point essentiel reste que les accords commerciaux antérieurs ont toujours engendré une activité économique supplémentaire. Et ce ne sera pas différent cette fois. Ce type d’accords commerciaux incite les participants à se spécialiser davantage dans leurs points forts. En ce sens, il y a des gagnants et des perdants dans un tel accord commercial, mais le solde final est clairement positif. C’est pourquoi des mesures supplémentaires sont aussi prévues dans cet accord pour soutenir les « perdants » (restrictions à l’importation, aides supplémentaires pour l’agriculture).
L’accord a donc finalement été approuvé, mais pas grâce à la Belgique qui s’est abstenue lors du vote. Même la Flandre s’est abstenue. Cela est incompréhensible et témoigne surtout d’un manque de compréhension de la manière dont notre économie fonctionne. Le Mercosur ouvre précisément de nouveaux marchés dans des secteurs où la Flandre est internationalement forte, comme la chimie et l’industrie manufacturière, où il existe encore aujourd’hui de hauts obstacles.
La Belgique, et surtout la Flandre, est l’une des économies les plus ouvertes au monde. Seuls l’Irlande et le Luxembourg (ainsi qu’une série de micro-États), où des considérations fiscales jouent un rôle important dans les flux commerciaux, présentent une exportation de biens et services ayant un poids encore plus important dans l’économie qu’en Flandre. Nous devons en grande partie notre niveau élevé de prospérité actuelle en Flandre au commerce international. En ce sens, la Flandre est l’une des grandes bénéficiaires de l’intégration européenne et de la mondialisation.
Selon une analyse du Bureau fédéral du Plan, près d’un tiers de la valeur ajoutée dans l’économie belge et de l’emploi (1,3 million d’emplois) est lié à l’exportation. Ce poids est encore plus important pour la Flandre. Par ailleurs, les entreprises exposées à la concurrence internationale sont en moyenne nettement plus productives que celles qui se concentrent exclusivement sur le marché intérieur. Et lié à cela, les emplois dans les entreprises à vocation internationale sont en moyenne également mieux rémunérés. Les entreprises actives à l’international tirent donc le reste de l’économie.
Le commerce international est donc un facteur essentiel de notre prospérité, mais il est trop souvent « oublié » dans certains milieux. Le climat commercial international plus difficile actuel implique justement qu’il faudra y accorder beaucoup plus d’attention. Dans ce contexte, la position concurrentielle de nos entreprises devient encore plus importante. Cela part d’une définition étroite des coûts salariaux compétitifs, mais s’étend bien au-delà, des coûts énergétiques, à la réglementation, à la disponibilité d’espaces et d’infrastructures publiques, jusqu’au potentiel de main-d’œuvre. Par ailleurs, la Flandre et la Belgique doivent devenir des défenseurs beaucoup plus vocaux du commerce international. Sur la scène européenne, nous devrions prendre l’initiative pour de nouveaux accords commerciaux, au lieu de contrer les tentatives actuelles.
En outre, le plus grand potentiel pour un commerce international accru se situe à l’intérieur de l’Europe. Une intégration plus poussée du marché intérieur, par la suppression des nombreuses barrières commerciales encore existantes entre les États membres, recèle un énorme potentiel économique. La Belgique et la Flandre devraient plaider pleinement en faveur de nouvelles avancées dans ce marché intérieur au niveau européen.
Pour permettre à nos entreprises de croître, l’internationalisation est absolument nécessaire. Le Mercosur est une belle étape à cet égard, mais beaucoup plus est nécessaire. Même dans le climat plus difficile actuel, il existe encore des opportunités. Mais pour cela, nous devons d’abord dépasser en Belgique les jeux politiques insensés.