
Alors qu’au début de cette année une tendance positive prudente était perceptible dans les indicateurs conjoncturels de l’économie européenne, celle-ci a été complètement inversée avec l’invasion en Iran. La confiance des entrepreneurs européens se situe aujourd’hui à un niveau qui correspondait par le passé à une activité économique stagnante. Cela ne présage évidemment rien de bon pour notre économie, très dépendante du climat conjoncturel externe.
Les entrepreneurs sont aujourd’hui confrontés à une longue série de facteurs incertains, notamment la hausse (et la volatilité) des prix de l’énergie, la hausse des taux d’intérêt, le ralentissement des carnets de commandes, la situation géopolitique instable, les risques concernant les chaînes d’approvisionnement internationales, ainsi que de potentielles nouvelles mesures fiscales… Plusieurs indicateurs d’incertitude économique flirtent avec des niveaux records. Et aucune amélioration n’est en vue à court terme. Cela rend extrêmement difficile la prise de décisions d’investissement et/ou de recrutement à moyen terme.
Au début de cette année, la plupart des prévisions pour 2026 tablaient encore sur une croissance d’environ 1,1 % pour l’économie belge. Dans les prévisions les plus récentes, cette estimation a été réduite à 0,7 %. Cela reste une croissance économique positive, mais elle reste néanmoins peu confortable. Les entrepreneurs ont d’ailleurs une vision encore plus pessimiste. La confiance des entrepreneurs est à un niveau qui correspondait historiquement à une croissance nulle. Dans la situation actuelle, il suffirait de peu pour que notre croissance économique s’arrête complètement.
L’industrie à forte intensité énergétique subit une pression depuis longtemps chez nous, avec une baisse d’activité d’environ 20 % ces dernières années. Aucune amélioration à court terme ne semble se profiler. Des signaux inquiétants proviennent également du secteur de la construction, avec un nombre relativement faible de permis de construire et un taux hypothécaire proche des pics des dix dernières années. Des enquêtes montrent une grande inquiétude quant aux perspectives de la demande dans l’industrie et la construction pour les douze prochains mois.
Les prix de l’énergie sont aujourd’hui clairement plus élevés qu’en début d’année (pétrole +60 %, gaz +75 %). Cela se reflète déjà dans les chiffres de l’inflation. L’inflation globale a déjà accéléré, passant d’environ 1 % en janvier à 4 % actuellement, et selon les dernières prévisions, l’inflation devrait rester autour de 4 % pour le reste de l’année. Cela implique une indexation salariale plus forte. Celle-ci devrait aussi atteindre environ 4 % en 2026. Grâce à l’indexation au centime en Belgique (pour les salaires supérieurs à la moyenne), cette indexation sera un peu modérée, mais quoi qu’il en soit, nous revenons à une indexation plus élevée que la normale, et surtout à une augmentation salariale nettement plus marquée que chez nos voisins.
Notre position concurrentielle est sous pression depuis un certain temps, et la nouvelle poussée d’inflation va aggraver cette situation. Nos exportateurs perdent ainsi des parts de marché sur les marchés internationaux. Selon les dernières estimations du Bureau du Plan, nos marchés d’exportation étrangers devraient croître d’environ 30 % entre 2019 et 2031. Sur la même période, la croissance de nos exportations resterait limitée à 14 %. Ceci illustre une perte importante de parts de marché à l’international.
Les taux du marché se sont déjà normalisés ces dernières années, après la situation extrême des taux nuls il y a environ cinq ans, mais il est assez probable que les taux continuent d’augmenter dans les prochains mois. La combinaison de l’inflation plus élevée, des hausses de taux anticipées par la BCE et de l’augmentation des dettes publiques exerce une pression à la hausse sur les taux du marché. Cela se traduit déjà par des taux plus élevés pour les hypothèques et divers crédits aux entreprises, et cette tendance devrait probablement se poursuivre dans les prochains mois.
Depuis la crise du coronavirus, le nombre de faillites en Flandre ne cesse d’augmenter systématiquement. Mois après mois, de nouveaux records de faillites sont enregistrés. Au cours des douze derniers mois, près de 7 000 entreprises ont fait faillite en Flandre, un niveau historique (et 50 % plus élevé qu’avant la crise du Covid). Pour l’instant, cette tendance ne semble pas s’inverser.
La croissance de l’emploi dans le secteur privé s’est complètement arrêtée au second semestre de l’année dernière. Les premiers mois de cette année ont montré une reprise notable, mais cela semble temporaire. Les indicateurs avancés du marché du travail, tels que l’activité intérimaire et les plans d’embauche, indiquent plutôt un marché du travail défaillant. L’incertitude actuelle freine les projets d’embauche des entreprises, et cette situation ne devrait pas s’améliorer dans les prochains mois.
Le gouvernement fédéral vient de lancer un nouvel exercice budgétaire à la recherche de sept milliards d’euros (ce qui est sans doute un prélude à des efforts encore plus importants dans les années à venir). Il cherchera très certainement aussi de nouvelles recettes et/ou des économies sur les mesures de soutien aux entreprises. Vu la situation économique difficile, il serait malavisé de mettre davantage sous pression l’économie avec des mesures fiscales nouvelles et non réfléchies, mais il faut attendre de voir quel compromis politique sera trouvé à ce sujet.
Bien qu’il n’y ait pas encore de récession (une contraction économique), la situation économique reste difficile. Il est peu probable qu’elle s’améliore à court terme. Les prévisions actuelles annoncent une croissance économique toujours faible et les nombreuses incertitudes qui pèsent aujourd’hui sur notre économie ne disparaîtront pas immédiatement. Les entreprises doivent tenir compte de ces circonstances incertaines, ce qui se traduit par la nécessité de constituer des marges de sécurité / réserves plus importantes que d’habitude, rendant la flexibilité et la capacité d’adaptation encore plus cruciales.
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