
Et la question qui me hante, c’est la rémunération du travail, sur laquelle repose toute la redistribution fiscale et sociale.
Si, avec l’IA, la rémunération du travail baisse au profit des capitalistes qui possèdent les machines (et l’avenir le laisse présager puisque cette richesse capitalistique future est reflétée dans les valorisations boursières hallucinantes de ces entreprises technologiques), alors nos États européens seront confrontés à un immense problème de financement des prestations sociales, aggravé par le vieillissement de la population et la chute de la natalité.
Donc, en toute logique, il faudrait considérer plusieurs axes.
Le premier serait de déplacer la taxation du travail vers celle des revenus du capital. Mais il y a une limite à cette migration, puisque, dans différents pays, l’impôt des sociétés et les retenues sur les rémunérations du capital conduisent à la même charge fiscale que celle des revenus professionnels. On peut bien sûr taxer le capital lui-même, mais de manière frictionnelle, afin de ne pas conduire à une nationalisation sournoise et à une chute d’ntreprenariat puisque l’IA est de nature « capital intensive ».
Le deuxième axe est d’imaginer que les entreprises technologiques, qui apportent certes des gains de productivité, mais se les fournissent à elles-mêmes et aux entreprises qui utilisent l’IA, paient des cotisations sociales à la place des travailleurs dont les compétences ou la rémunération du travail sont amoindries par l’IA.
Mais là, on réalise que l’Europe est deux fois perdante. Une première fois parce que les champions technologiques ne sont pas européens (et donc n’apportent pas ces gains de productivité de manière organique) et une seconde fois parce qu’on voit mal nos pays taxer des entreprises technologiques au motif qu’elles font disparaître des emplois européens parce qu’on utilise leurs services.
C’est donc un défi sociétal majeur auquel nous faisons face, et le danger, c’est de croire qu’une lente adaptation ajustera les choses.
C’est, je le crains, une vision optimiste de la situation, car l’irruption de l’IA est à une vitesse fulgurante.